Cinquante ans, c’est si peu à l’échelle de l’histoire. Pourtant, il a fallu moins de ce demi-siècle à l’Europe pour mener une révolution copernicienne: passer de l’affrontement des nations à l’union. Par la seule force de la raison.
Mais c’est là que le bât blesse. Les peuples vivent aussi d’émotions. Et le projet européen, aujourd’hui, leur paraît froid et compliqué. Alors que les démagogues de tous bords soufflent sur les braises du nationalisme pour conquérir les suffrages dans un électorat déboussolé par les bouleversements de la planète. Dernier exemple en date: la sortie du candidat à la présidence française Nicolas Sarkozy qui rêve d’un ministère «de l’immigration et de l’identité nationale». Une sorte de supergendarme qui veillerait à la francité des citoyens! Il y eut certes quelques grands moments où le cœur des Européens put battre à l’unisson. Lorsque fut lancé l’euro, ce symbole fort. Lorsque s’effondra le communisme et que les pays de l’Est purent entrevoir enfin les retrouvailles avec l’Ouest.
Mais aujourd’hui, l’euro est mal aimé. L’élargissement inquiète. Et au quotidien, l’Union européenne peine à trouver les mots qui touchent, les formules qui transcendent le jargon technocratique. Les discours rapetissent et tournent en rond.
Les Suisses ne sont pas les seuls à s’enferrer peu à peu dans une image repoussante de ce qu’ils appellent «Bruxelles». Nombreux sont les citoyens de l’Union qui se mettent à rêvasser d’une autre Europe, où les nations retrouveraient toutes leurs prérogatives. Sans pressentir où conduirait ce scénario qui marquerait le retour aux rivalités d’hier.
Comment enrayer cette déliquescence du sentiment européen? Par le choix des mots: ils pèsent lourd en politique. En prenant un peu de hauteur par rapport aux aléas du moment, aux inévitables divergences: il y en eut à chaque étape de la construction! En rappelant quelques évidences oubliées, en précisant le sens de l’entreprise, en imaginant le futur.
L’Europe, pour quoi faire?
D’abord, la paix. Non, ce n’est pas une vieille rengaine usée! Certes, on ne conçoit guère aujourd’hui un retour aux guerres dantan. Mais on peut très bien entrevoir le risque d’une Europe des chamailles. A l’Est, les plaies du passé sont encore douloureuses. Entre Polonais et Allemands, on s’accuse mutuellement, et en catimini, des pires desseins. Entre Hongrois et Roumains, entre Slovaques et Hongrois, le torchon brûle. Encore heureux que l’Union réussisse à apaiser les tensions. Dans les Balkans déprimés, la question des frontières n’est pas réglée. Encore heureux que l’Europe pose quelques jalons vers l’avenir de cette région, soutenant les fragiles démocraties et maintenant le calme avec ses troupes.
Et puis, on voit bien, sur le plan économique, où peut conduire la résurgence des chauvinismes. Le beau projet d’Airbus a été miné par la montée des ambitions nationales, surtout du côté français où l’on eut toutes les peines, malgré les belles paroles, à s’entendre au quotidien avec les Allemands. Si chaque nation tente à nouveau de se «protéger» à l’intérieur de l’Union, ce sera un beau gâchis.
A l’Ouest, on fera barrage à la concurrence de l’Est où, du coup, on aura la tentation de faire la vie dure aux investisseurs étrangers. Le marché unique qui a dopé l’Europe est plus vulnérable qu’on ne le pense dans l’eurobéatitude.
La paix n’est pas l’état normal de l’Europe. Le contraire est vrai. Pour maintenir l’harmonie et l’ouverture réciproque, il faut plus que de bonnes intentions: une institution solide, celle de l’Union.
Et puis, il y a tant d’urgences communes. La sécurité, par exemple. Les truands internationaux ont réalisé depuis belle lurette leur espace sans frontières: seule une riposte collective peut les entraver. Et l’immigration? Qui ne voit qu’aucun pays n’est en mesure de maîtriser seul un tel phénomène? L’exercice est ardu: à la fois dresser des barrières nouvelles et définir des règles à l’ouverture. L’harmonisation des législations n’en est qu’à ses débuts. Mais elle progresse. On se trompe sur l’Europe si on ne la considère que sous un angle. Les Suisses n’y pensent qu’à travers les marchandages entre Berne et Bruxelles. La gauche française ne fait que tempêter contre le libéralisme de l’Union. Les Britanniques se méfient de ses ambitions sociales. Les Polonais se demandent si l’Allemagne la manipule. A chacun ses petites manies.
Mais vue de l’extérieur, l’Union européenne apparaît comme une puissance. Economique, mais pas seulement. Son poids politique est plus lourd qu’il n’y paraît dans tant de commentaires-jérémiades. Ses désaccords internes ponctuels sont le prix de la diversité et de la démocratie. Mais sur l’essentiel, sur les principes, elle est unie et forte. Les Etats-Unis n’ont pas réussi à en faire une basse-cour. La Chine doit compter avec elle sur la scène du commerce mondial. La Russie qu’inquiètent les manœuvres américaines à ses portes la courtise. L’Amérique du Sud prend exemple sur ses institutions. L’Afrique du Nord attend que se concrétise avec elle le partenariat promis. Même le Moyen-Orient ne verrait pas son retour d’un mauvais œil.
Dans la donne géostratégique du XXIe siècle, aucune péroraison nationale européenne ne comptera. Seule l’Union a les moyens d’y tenir un rôle. Par l’intégration des forces militaires. Par l’affirmation de ses valeurs.
Partout, nombreux sont les citoyens du monde qui comptent sur elle. Le modèle américain montre ses limites dans sa course à l’hégémonie mondiale. Celui de la Chine libérale-totalitaire ne tente guère les démocrates. Celui de la Russie néotsariste ne fait guère d’envieux. Vue sous cet angle, l’Europe peut être un sujet de fierté et d’espoir. Mais pour tenir ce rang, elle devra s’unir davantage encore.
Et se montrer moins angélique que dans son premier demi-siècle. Face aux ambitions de la Russie et de la Chine, face à l’acharnement des Etats-Unis à jouer les gendarmes universels, face à l’agitation islamiste, les pays européens devront durcir le ton, bander leurs muscles. Quelques-uns d’entre eux préfèrent l’alliance atlantique, d’autres penchent plutôt vers une neutralité molle. L’âpreté des affrontements prévisibles devrait les pousser tôt ou tard à rejoindre les partisans d’une Europe-puissance. Une Europe assez sûre d’elle pour œuvrer à la solution négociée des conflits. Assez ferme pour imposer des règles du jeu équitables au commerce mondial. Assez intelligente pour se doter d’une politique énergétique sinon commune, du moins coordonnée. Assez lucide pour montrer la voie dans la sauvegarde environnementale de la planète.
Une Europe assez vive aussi pour tirer parti de la diversité de ses visions sociales. Le libéralisme intégral comme l’étatisme béat ont échoué. Chaque pays, dans le cadre de l’Union, peut bricoler son système. Le pragmatisme l’emportera sur la joute idéologique. Le plus important est ailleurs: dans la volonté de libérer les énergies et de doper l’économie à travers le savoir. Et là, le projet communautaire peut stimuler toutes les nations. En faisant travailler ensemble étudiants, chercheurs, industriels, bâtisseurs de tout bois.
La diversité des cultures est la force de cette civilisation. Précieuse par l’espace créatif qu’elle renouvelle sans cesse. Il n’y a aucune raison de se laisser intimider par l’émergence de puissances économiques nouvelles. L’Europe est assez peuplée, assez ingénieuse, assez laborieuse pour tenir sa place. Ce qui la menace, ce n’est pas la Chine, ce sont ses vagues à l’âme. Si les fondateurs de l’Europe d’il y a cinquante ans revenaient, ils souriraient de nos affres sur l’échec de la constitution ou même sur la querelle des frontières de l’Union. Ils applaudiraient la réussite de l’édifice. Ils croiraient à sa nécessité dans le siècle neuf.
Et ils se réjouiraient de voir les Européens voyager plus que jamais dans leur histoire entre leurs villes, pris d’une fringale de culture et de plaisirs. Outre la raison, l’émotion compte, disions-nous. Il y en a de vénéneuses qui nous font reculer. Il y en a aussi de belles qui nous poussent en avant.

Jolie histoire mais encore une fois on nous ressert une idée reçue L'europe, pourquoi faire ? La paix en Europe.
Ce n'est pas parce que l'Europe utilise cet argument pour faire sa publicité qu'il faut le reprendre sans réfléchir, c'est pénible à la fin de voir cette fausseté reprise ( par un journaliste de surcroit)
Voici 2 liens qui vous aideront à comprendre le problème :
1) Ce n'est pas grâce à la construction européenne qu'il n'y a pas eu de guerre entre le France et L'allemagne depuis 45 par exemple (mais au cause de la peur de l'arme atomique si je simplifie bcp) :
http://www.les-europes.org/article.php3?id_article=12
2) L'Europe nous entraine au contraire vers des guerres illégales et illégitimes - sous couvert de l'OTAN.
http://www.u-p-r.fr/vos-questions-nos-reponses/questions-internationales/l-union-europeenne-est-subordonnee-a-l-otan
Rédigé par : Géostrategie | 22 mars 2011 à 21h55
i had a dream....
Je suis tout à fait d'accord avec les propos tenus par M.Jacques Pilet.Mais j'irai plus loin...
Je rêve d'une Grande Europe avec des Etats -Nations forts, tolérantes, respectueuses de sa future constitution (elle est inévitable)qui combattra le racisme, l'extrémisme, les discriminations de toute nature qui sont des perversions de l'âme, des crimes contre la raison.Plus jamais ça et l'Europe, j'en suis convaincu, nous apportera la paix, la liberté, l'égalité et la solidarité.Je rêve d'une Europe avec un grand esprit d'indépendance mais surtout avec un grand esprit d'humanisme.Le Vieux Monde a tellement de talents, d'histoires cachés, un passé si riche. Non ! Il ne s'agit pas de rivaliser avec le reste du monde mais de vivre avec le reste du monde (la Russie, la Chine,l'Inde, les Etats-Unis, l'Amérique du Sud, l'Afrique, le Moyen-Orient...). Je rêve d'une Europe avec une "Grande Armée" pour qu'elle se protège elle-même et aussi, intervenir dans le monde car je ne vois pas pourquoi les Etas-Unis seraient les seuls à être les gendarmes du monde.L'Europe doit défendre ses propres valeurs qui sont universels.
je rêve d'une Europe de la Science, des technologies et de l'économie.Mais, le plus important à mes yeux c'est de voir dans cet ensemble de pays à savoir qu'il a une seule et même vision.Bien sûr, cela ne sera pas facile et il y aura des déceptions mais l'Europe, ce "machin" que disait De Gaulle est plus qu'une idée. Elle est pour moi une entité philosophique, humaniste.Elle est réelle fondée sur le déterminisme et la raison. Cela sera l'Europe de Descartes ou ne sera pas.
Mais il faut que nous arrêtions de dire des bêtises. L'Europe n'effacera jamais la France.Elle est et restera un grande puissance économique mais la France ne peut plus agir seule et elle a besoin des autres pays pour des questions comme l'immigration, l'agriculture qui doit être économiquement forte et écologiquement responsable, le rechauffement de la planète, l'énergie. Bref, pour conclure, il nous faut une Europe moderne et efficace avec une vision d'avance.Vous allez me dire que je suis trop naïf, trop rêveur, trop fou mais sachez ceci, il faut des gens comme moi pour que l'espèrance et le rêve, l'optimisme absolu prennent corps et puis, un jour ou l'autre, tous le sr^ves deviennent réalité.
Didier Domisse, européen convaincu.
Rédigé par : DOMISSE DIDIER | 25 mai 2009 à 16h35
Une petite question qui me tourne en tête: sachant que l'UE PAIE les journalistes qui lui font de la publicité: combien M. Pilet touche t'il pour faire la propagande du grand machin totalitaire???
Rédigé par : Nosferatu | 10 avril 2007 à 14h17
Vous avez raison, être élu démocratiquement ne fait pas forcément le démocrate. Hitler à l'époque, comme par exemple Chavez aujourd'hui détruisent l'état de droit.
Vous semblez ne pas souhaiter l'adhésion de la Suisse à l'UE, c'est votre droit, le débat doit rester ouvert, ce qui me semble être devenu politiquement incorrecte de s'opposer à cette adhésion. Pour moi, c'est à se demander si un jour c'est pas l'Europe qui voudra adhérer à la Suisse.
D.J
Rédigé par : D.J | 27 mars 2007 à 17h58
Le président chinois est élu par l'assemblée populaire nationale, elle même élue au suffrage indirect. Cette élection rentre effectivement dans la catégorie des élections à candidat unique.
La commission européenne est elle choisie par le conseil de l'Europe, composé des représentants des ministres des gouvernements de ses membres. Celui-ci (le conseil de l'Europe donc) est donc également issu d'élections indirectes. Et comment choisit-il la commission? une liste (j'ai bien dit une) lui est proposé. Ca rentre donc clairement dans la catégorie des élections à liste unique. Vous voyez une différence vous? Moi pas.
De plus réduire la démocratie à la possibilité pour un gouvernement de revenir sur la volonté populaire et de prendre une décision unilatéralement sur le simple fait qu'il est élu, c'est accepter l'idée qu'Hitler était un démocrate, ce que personnellement je ne peux faire...
Rédigé par : Nosferatu | 27 mars 2007 à 11h21
Nosferatu,
En Chine, la démocratie est absente. Dans les pays de l'Est membres de l'UE tout le monde peut voter, riches et pauvres. Relancer la constitution européenne n'est pas anti-démocratique, du moment que les décisions sont prises, soit par votation populaire ou par les gouvernements, également élus par le peuple.
D.J
Rédigé par : D.J | 26 mars 2007 à 17h57
Vous n'êtes pas cohérent. SI vous réflechissez en terme de croissance pour les pays de l'Est alors vous devez faire de même pour la Chine par exemple. Ou alors si vous voulez détailler la pauvreté, la misère et la corruption en Chine vous devez en faire de même pour les membres de l'UE. On prend une grille d'analyse et on l'applique à tout le monde et pas selon votre bon vouloir.
J'affirme en ce qui me concerne que c'est bien au sein de l'UE que la démocratie est absente, preuve en est la volonté de relancer la constitution européenne au détriment des choix populaires.Où se situe l'innovation au sein de l'UE? Je vous ferai remarquer au passage qu'au classement des innovations, la Suisse l'a emporté sans être memebre du grand machin totalitaire, création de francs maçons et socialistes éludeurs de vérité...
Rédigé par : Nosferatu | 26 mars 2007 à 10h39
L'Abrincate,
L'Espagne et le Portugal ne sont plus pauvres depuis leur adhésion à l'UE. Les pays de l'Est des 25 ont de fortes croissances du PIB.
Pour les USA OK, pour la Russie c'est très moyen, par contre la Chine c'est un désastre, 80 % des chinois vivent dans la pauvreté et la misère, son économie ne tient que grâce aux investissements occidentaux, le pouvoir (parti communiste) est corrompu à tous les niveaux, la démocratie est absente, c'est un état répressif, peu innovant (le Bill Gates chinois n'est pas pour demain).
D.J
Rédigé par : D.J | 22 mars 2007 à 20h03
@D.J:
Vous êtes bien amusant, vos arguments ne tiennent pas la route. Pour les agressions militaires vous venez m'expliquer ce qu'il se serait passer, un pur conditionnel. Avec des "si" on met Paris dans une bouteille comme dit le proverbe...
Maintenant concernant l'économie, je vous ferai remarquer que la Chine, les Etats-Unis, et autre Russie aligne les réussites sans être membre du grand machin totalitaire...Il n'y a strictement aucune preuve dans ce que vous avancez que l'appartenance à l'UE ait profité économiquement à ces pays. Maintenant par contre si vous prenez les pays proches du notre ca grince des dents partout: la monnaie centralisée a renchérit le coût de la vie, de plus sa gestion par un organe central ne permet pas de prendre en compte les spécifités économiques locales. De plus, la libre circulation des personnes fait pression sur les salaires et ne venait pas me dire que c'est faux c'est ce qui ressort d'un sondage récemment fait dans l'ensemble de l'Union... Le grand machin totalitaire n'est qu'une création de francs macs et de gauchistes avides de pouvoir qui jouent sur vos naivetés...
Rédigé par : nosferatu | 22 mars 2007 à 19h37
Globalement d'accord avec votre analyse, mais pourquoi - grands dieux ! - y a-t-il eu élargissement à 27 pays avant de finaliser l'adoption du Traité constitutionnel ?
Je n'arrive pas à m'enlever de l'idée que les tenants d'une Europe "pur et simple marché économique" ont tout fait pour que l'élargissement à 27 rende cette adoption impossible et pour torpiller définitivement l'ambition politique...
Un cinquantenaire bien triste, car on imagine mal comment revenir à la construction d'une Europe sur des bases politiques consensuelles.
J'espère vivement me tromper...
Cordialement.
L'Abrincate
Rédigé par : L'Abrincate | 21 mars 2007 à 15h35