« Le trublion du capitalisme | Accueil | L’Européen de Locarno »

Retour au Moyen-Âge

Après ses propos inconsidérés sur l’islam et la conquête de l’Amérique latine, voici qu’un texte arrive du Vatican qui suscite trouble et irritation. Hors de l’autorité pontificale, point d’Eglise digne de ce nom. Une façon de torpiller tout effort œcuménique. Un seul souci : faire revenir les intégristes catholiques dans le giron.

Mais l’affaire va plus loin. Benedict XVI est dans l’air du temps. Dans les trois grandes religions sœurs, les fondamentalistes s’affirment de plus en plus bruyamment. Du côté de l’islam, pas besoin de faire un dessin. Tous les musulmans ne cèdent pas aux tentations criminelles de l’extrémisme, mais beaucoup se sentent menacés par la modernité occidentale et se barricadent derrière leurs codes. Chez les Juifs, sur fond de conflit israélo-palestinien, les « libéraux » sont mis sous pression par l’aile la plus intransigeante du judaïsme. Quant aux chrétiens, ils connaissent des phénomènes semblables. Pas seulement les catholiques. Le protestantisme se répand dans le monde, plus qu’aucun autre prosélytisme, à travers des églises évangéliques qui prônent, elles aussi, une interprétation littérale des textes, dans un climat d’intolérance plus marqué encore qu’au Vatican.

Croyant ou pas, personne ne peut rester indifférent à ce mouvement de fond. Il nous touche plus qu’il n’y paraît. Ainsi, par exemple, le créationnisme gagne du terrain. Les ultras cathos polonais font enlever des écoles les images représentant la marche du singe devenant homme. Comme beaucoup d’évangélistes américains et de musulmans purs et durs, ils croient que Dieu a créé le monde d’un seul coup tel qu’il est aujourd’hui. Le darwinisme, pour ces gens, n’est qu’une thèse douteuse ou même mensongère.

C’est aux Etats-Unis que le débat autour de cette question a pris de l’ampleur depuis quelques décennies. Il s’étend aujourd’hui à l’Europe. Récemment, la ministre de l’éducation de Hesse, en Allemagne, Karin Wolff, conservatrice catholique, a demandé que l’on présente le créationnisme, appelé désormais « dessein intelligent », dans les cours de biologie. En Hollande, certains directeurs d’école recommandent aux enseignants de ne pas prendre parti pour la théorie darwinienne afin de ne pas blesser la sensibilité d’élèves issus d’autres cultures. Le Conseil de l’Europe vient de publier une mise en garde sur « les dangers du créationnisme dans l’éducation ». On y relève que « L’Atlas de la création », du prédicateur turc Harun Yahya, a été largement diffusé, en plusieurs langues, dans des écoles européennes. Les autorités scolaires genevoises en auraient reçu un millier d’exemplaires qui n’ont pas été distribués. En Suisse alémanique, un groupe d’évangélistes projette la création d’un parc de divertissement, « Genesis-Land », qui proposera un « parcours biblique » où l’on montrera comment notre histoire a commencé avec Adam et Eve et non pas avec d’obscurs hominiens velus.

Tout cela peut paraître pittoresque et sans conséquences. Le livre d’un paléontologue français, Pascal Picq, « Lucy et l’obscurantisme » (1), vient à point pour nous appeler à la vigilance. Les connaissances scientifiques acquises non sans résistances au fil des siècles ne sont pas menacées. Mais l’idée s’installe peu à peu dans nos sociétés que la vérité de Dieu s’oppose à celle des savants.

Ce retour à une perception moyen-âgeuse du savoir fera des dégâts d’abord chez ceux qui s’enferment dans ce système : malheureux gamins ainsi endoctrinés ! Mais il est source aussi de conflits qui peuvent empoisonner le climat civique. L’exemple polonais l’illustre : on y passe son temps à polémiquer sur le poids de la religion dans la politique au lieu d’empoigner des problèmes concrets, négligés par les brasseurs d’idéologie.

Et puis les combats de coqs bondieusards, on le voit trop bien, peuvent mettre le feu au monde. Il apparaît ainsi un scénario nouveau dans le répertoire des déclins possibles de l’humanité. La dégringolade dans les abîmes de l’obscurantisme nationaliste et/ou religieux n’est pas invraisemblable. On a vu, de près, ses ravages en ex-Yougoslavie. La balkanisation de l’Europe n’est pas inéluctable mais possible. Les vents mauvais du fondamentalisme, levés du côté de l’islam, du judaïsme et du christianisme, peuvent amener bien des tempêtes. Curieusement, les héritiers des Lumières, les tenants de l’œcuménisme, les esprits libres réagissent peu. Ils bougonnent dans leurs coins. Qu’ils se ressaisissent… que diable !

(1) « Lucy et l’obscurantisme », de Pascal Picq, chez Odile Jacob (300 pages).

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d8341cd9fc53ef00e009950cc48833

Voici les sites qui parlent de Retour au Moyen-Âge :

Commentaires

"des églises évangéliques qui prônent, elles aussi, une interprétation littérale des textes, dans un climat d’intolérance plus marqué encore qu’au Vatican."

Qu'est-ce qui vous permet de dire cela ? Comparez-vous vraiment l'islamisme extremiste au christianisme évangélique ? Est-ce juste de le faire ? Et puis le littéralisme des évangéliques, qu'est-ce que cela veut dire au juste ? Les fondateurs de la Croix Rouge, de World Vision, de l'Armée du Salut n'étaient-ils pas des protestants évangéliques ?

Merci pour ces précisions ...

Il me semble pourtant que le fait d'insister sur le retour du créationnisme comme seule doctrine pouvant être enseignée à l'école est un débat qui intéresse justement les évangéliques protestants et pas tellement Benoît XVI et ses acolytes.

D'après mon expérience, je constate que l'église catholique a évolué depuis le Moyen Age et qu'elle cherche plutôt à faire un certain nombre de "pactes" avec les organisations scientifiques plutôt que de trouver des hérétiques qu'il faudra mettre au bûcher pour avoir osé profaner la parole de Dieu. Le précédent Pape avait exprimé des regrets concernant la condamnation à mort de Galilée. Evidemment le débat est loin d'être clos, vu le rythme auquel les sciences exactes et humaines se développent et "colonisent" la pensée des gens avec un genre de vérité bien particulière: celle qui met au centre la raison raisonnante et qui ne suffit malheureusement pas en elle-même pas pour produire de vraies Lumières, puisqu'il faut encore un contexte historique.

Je pense toutefois que les églises ont un message à donner aux gens, et notamment aux enfants. Pour cela il suffirait en toute simplicité de raconter la vie de Jésus telle qu'on la connaît depuis les Evangiles, en y mettant un peu de poésie et en incitant les jeunes à s'identifier quelque peu à ce personnage; cela risquerait d'avoir davantage d'effets qu'une leçon ayant pour but de faire digérer aux enfants le "créationnisme" comme unique vérité sur le monde.

Il reste à savoir si les Ecritures sont, ou ne sont pas, plus dignes de confiance que les supputations de ceux qui veulent nier l'existence de Dieu. That is the question...

Comme par hasard, il semblerait que la récente découverte archéologique rapportée par la revue Nature et relayée le 10 août par Le Matin va à l'encontre des thèses évolutionnistes...

Ayant donné un petit commentaire critique de votre chronique sur mon site et l'ayant fait suivre d'un trackback le 20 juillet déjà, vous me voyez fort étonné de n'en voir absolument aucune mention dans la rubrique de votre site prévue à cet effet, alors que j'ai déjà reçu en retour un "ping" du vôtre... Il existe aussi des règles de bienséance pour un blog afin de conserver le respect de l'opinion d'autrui et l'acceptation de la critique (dans les limites de la calomnie ou de l'insulte bien sûr). Je vous demande donc de bien vouloir libérer dans la rubrique trackback de votre chronique "Retour au Moyen-Âge" mon renvoi, ou d'y faire figurer le lien s'y rapportant: http://arsedendi.mediaevaliter.com/2007/07/coup-de-gueule-bien-moyenageux/
Permettez-moi en passant de vous signaler qu'il est fort déplaisant de ne pas pouvoir bénéficier d'une manière plus personnelle de vous contacter, par courriel ou par un formulaire de contact par exemple.

Pour moi, des extrémistes existeront toujours. Le tout est de savoir qu'elle influence ont-ils sur la politique actuelle et sur les gens de la populace.Pourquoi ne pas associer extremiste islamiste et extremiste catholique?Est-il plus dangereux de poser des bombes que de prôner le non-port de la capote par les temps qui court? Je ne suis pas d'accord avec l'église car elle ne fait que interpreter les textes biblique à sa maniere. Pour moi,la bible n'a était erite que 6siecle apres l'arriver du christ donc n'est de une pas fiable et de deux dépassé sur certain points. D'un autre coté la religion n'est pour moi qu'un point de soutien au gens qui pourait en avoir besoin car croire en une divinité quelquonque n'es qu'une facon de repondre a des question qui nous tourmente et dont nous n'avons pas la réponse voila :)

La querelle actuelle Darwinisme/Dessein Intelligent reprend de façon jusqu’ici un peu stérile un vieux débat philosophique entre l’inné et l’acquis dans lequel l’univers remplacerait l’homme :
1) L’œuf d’univers : Mais la nécessité d’un infini s’impose dans ce cas. Car sinon, par quelle génération spontanée une telle énergie aurait-elle pu se concentrer dans un œuf d’univers plus petit qu’un atome? Si la célèbre métaphore de la montre trouvée n’exclut pas une évolution pure et dure, que déduire de la découverte d’un œuf de Big Bang sinon qu’un oiseau est passé par là ? Il est paradoxal qu’on parle rarement ici de Paradoxe ! Puisqu’il échappe aux lois habituelles, il est naturel d’avancer une hypothèse qui sorte des sentiers battus, comme avec le paradoxe EPR et la relativité. Car l’évolution pure et dure peut expliquer l’apparition de la vie, pas celle de cet oeuf. Une recherche rationnelle pourrait conforter l’hypothèse d’une explosion déjà programmée, d’un Dessein Intelligent allié à une évolution qui ne serait pas pure et dure.
On ne fait sans doute que remonter le problème d’un étage : comment serait né le programmeur ? Mais la science ne progresse pas autrement, n’éclairant que les étages inférieurs de la connaissance avant de s’aventurer dans des escaliers toujours ténébreux. Un univers infini serait déjà moins magique qu’un univers fini, le programmeur pouvant encore être né du hasard dans son monde.
2) L’ébauche d’un Dessein : Toute notion de Dessein ne pourrait être rejetée dans l’évolution de notre univers, même fini. Nos ancêtres nous prendraient pour des dieux, et nous verrions de même nos descendants si nous pouvions explorer le futur. L’homme est déjà un acteur local dans cette évolution et il pourrait être conduit à jouer un rôle quasi divin (hominisation de primates, « terraformation » de planètes, …). C’est là une ébauche de Dessein, et d'éventuels ET plus avancés pourraient nous avoir précédés dans ce rôle, même s'ils sont eux-mêmes nés du hasard. Son rejet de l’hypothèse d’un Dessein déjà en cours ne reflète donc que la foi de l’homme dans sa solitude.
3) Un modèle gigogne de conscience universelle : Tout comme les lacunes de la théorie de la gravitation devaient être résolues par la relativité, le Darwinisme pourrait résoudre les siennes en évoluant vers une nouvelle théorie de l’évolution qui l’intègrerait. Ou faudrait-il penser qu’il serait la première théorie née parfaite ? Une démarche scientifique pourrait très bien déduire une probabilité d’existence d’un être supérieur qui se rapprocherait un peu plus de l’homme qu’un Dieu traditionnel. Si cet être existe, il pourrait bien être le premier des ET du Paradoxe de Fermi, des ET avancés qui pratiqueraient l’apartheid cosmique puisqu’ils sont jusqu’ici indétectables malgré une forte probabilité statistique d’existence. Et comme je pense l’avoir démontré dans mon site, l’homme lui-même devrait bientôt prouver son souci de sauvegarder l’intelligence universelle en hominisant en apartheid cosmique une nouvelle espèce issue de primates, rejoignant ainsi les ET les plus avancés…
Un univers de conscience de modèle gigogne apparaît alors, dans lequel chaque poupée russe n’est certaine que de l’existence des poupées qu’elle porte en son sein et dont elle contrôle discrètement l’évolution, sans jamais pouvoir affirmer qu’elle ne se trouve pas elle-même dans une poupée gigogne encore plus grosse qui la contrôle tout aussi discrètement. Toujours à la recherche de poupées pareillement avancées avec lesquelles il lui faudrait faire alliance et synthèse pour survivre et sauvegarder toujours mieux l’intelligence, chacune des poupées gigognes pourrait prétendre être la première sans jamais vraiment cesser d’en douter. Et la première poupée elle-même ne cesserait de douter de sa position d’avant-garde qu’après une éternelle solitude dans un univers qu’elle aurait enfin ordonné. Elle serait enfin prête pour l’éventuel déclenchement d’un nouveau Bang qu’elle pourrait cette fois programmer, même si elle est elle-même née des lois du hasard.
S’ils s’inscrivent parfois « comme en négatif », un certain nombre d’éléments viennent conforter un tel modèle de survie de l’intelligence basé sur l’apartheid cosmique et la synthèse :
- Pour survivre, tout nid d’intelligence doit être protégé suffisamment longtemps contre d’éventuels prédateurs cosmiques capables de voyages interstellaires, et la Terre l’a été.
- Une colonisation cosmique de type terrestre serait prédatrice. Sauf à s’en tenir à une solitude peu probable de l’homme, l’absence de traces ET de prédation plaide pour un apartheid choisi.
- L’homme pourrait créer un nouveau nid d’intelligence en hominisant en apartheid cosmique une nouvelle espèce issue de primates. Ce qu’il peut raisonnablement faire a sans doute déjà été fait.
- Une synthèse de l’intelligence terrestre est déjà engagée avec la mondialisation.
- Comme chaque poupée de notre modèle, l’homme doute et doutera probablement toujours, même s’il s’engageait dans une telle évolution.
La similitude observée dans le monde de la matière entre l’infiniment petit et l’infiniment grand pourrait bien se retrouver dans le monde de la conscience entre l’homme et l’univers.

Pour plus de détails, voir mon site http://controlled-hominization.com/ Benoît Lebon

C'est marrant cette chasse aux sorcières contre les gens qui osent questionner (honnêtement) les grands mythes de gauche...

Les plus grands magazines scientifiques américains parlent depuis de très longues années des failles de la théorie de Darwin, et de l'existence bien réelle d'une intelligence naturelle dans le cours des choses... Thèse scientifique reprise par des grands noms de la recherche, sans religion aucune... Mais le fait de descendre du singe semble être l'obsession des nouveaux ayatollah gauchistes qui pensent sincèrement que nous ne valons pas mieux que les primates (rectification: les Verts pensent que nous valons moins qu'un brin d'herbe)... Ah la dicatature vert-rose, quelle infamie

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire