La France vient d’en donner un beau spectacle avec le ralliement de plusieurs personnalités de gauche autour de Nicolas Sarkozy.
La Suisse, elle, a montré qu’au sein d’un grand et vieux parti, beaucoup sont prêts à renier leurs convictions pour profiter d’une brise nationaliste. Dans les médias, il ne manque pas non plus de girouettes. Ainsi le rédacteur en chef d’un journal matinal, d’ordinaire réservé dans ses engagements, va jusqu’à prendre en charge la promotion du livre de Christoph Blocher. Est-ce là l’effet d’une soudaine révélation politique? Plutôt un calcul commercial. Un pari sur le succès des thèses populistes.
Les convaincus du blochérisme ont le mérite d’une vision du pays et du monde. Aberrante peut-être mais cohérente. Leur système de pensée est à l’épreuve des contradictions et des revers. Aux autres de leur opposer une autre perspective. Les suiveurs-calculateurs, eux, naviguent dans l’ambiguïté. Ils n’ont d’ailleurs pas la partie facile. Le président du Parti radical suisse en fait l’expérience avec l’élection du Conseil des Etats. Ce Tessinois qui aimerait tant être Florentin s’est pris les pieds dans le tapis. Comme la cheffe de la section zurichoise qui a jeté le «Freisinn» dans les bras de l’UDC. Leur stratégie a lamentablement échoué.
Pour une simple raison: les tenants du repli sont certes nombreux en Suisse mais ils ne constituent pas une majorité. Les prochains votes du Parlement pourraient bien le leur rappeler.
L’opportunisme en politique peut être payant à court terme. Sur la durée, c’est douteux. Pour fonctionner, une société démocratique a besoin d’opinions claires. Les contorsionnistes s’exposent au mal de dos et aussi au discrédit. En particulier auprès des leaders qu’ils courtisent. Ceux-ci savent que les lèche-bottes se détourneront d’eux au moindre retournement du vent.
Là encore, la France de Sarkozy illustre le phénomène: le président a commencé par cajoler les transfuges de la gauche et du centre indépendant et déjà, il s’en lasse, il les marginalise, il leur fait avaler couleuvre sur couleuvre.
Partout et depuis le fond des temps, le pouvoir a toujours attiré des ambitieux flexibles dans leurs convictions. Mais la société médiatique d’aujourd’hui leur donne de nouveaux outils en auscultant en permanence les frémissements présumés de l’opinion. Cette captation frénétique des humeurs ne fait que dévoyer la démocratie. D’autant plus que celles-ci sont le plus souvent orchestrées par ceux-là même qui s’en prévalent ensuite.
A cela s’ajoute le désarroi idéologique. A gauche comme à droite. Les dogmes traditionnels (l’étatisme, le libéralisme...) ont pris un méchant coup de vieux. On voit bien la nécessité d’alliances pour résoudre les problèmes. Mais lorsque la pensée «post-idéologique» devient un système, elle débouche sur un terrain vague qui, en fin de compte, ne sert que les profiteurs, les cyniques, les manipulateurs.
Dans tout le registre politique, la nécessité apparaît de reconstruire des principes, de poser des buts pour l’avenir, de trouver des mots nouveaux pour le définir. Et là, les opportunistes ne seront d’aucun secours. Pas plus que les nostalgiques du marxisme, les adulateurs du libéralisme à tout crin ou les démagogues nationalistes.
Ce chantier s’annonce difficile mais passionnant. Il reléguera dans l’ombre les petits jeux des lèche-culs.

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Rédigé par : DeloLoone | 08 février 2008 à 05h48