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Pourquoi pas une télé sans pub?

Dans son pavillon de chasse versaillais, le Roi Elu s’est laissé convaincre par quelques chers amis de remodeler le grand Cirque. Le pactole de la publicité ira tout entier aux propriétaires des scènes électroniques privées, proches de la Cour, et les chaînes d’Etat seront renvoyées à l’austérité du service public.

Il faut un beau culot pour servir ainsi une poignée de copains. Ceux-ci n’en reviennent pas de l’aubaine: l’action de TF1 qui dégringolait depuis des mois en raison d’une audience essoufflée repique à la bonne nouvelle. Un concurrent effacé du jour au lendemain par décret présidentiel... Quelle autre entreprise oserait rêver d’une telle gâterie?

Le coup est fort: il met dans l’embarras une gauche qui n’a guère réfléchi à la question. Qui se souvient aussi que TF1 a été livrée à Bouygues par un certain Mitterrand!

Mais au-delà du procès politicien, que penser de ce choix? Sur le fond, l’idée n’est pas sotte. Les télévisions publiques qui courent après les privées, accros elles aussi aux spots juteux, écartelées entre les obligations liées à leur statut et les pressions du marché, peinent à se donner un profil clair. On le constate en France mais aussi en Italie, en Allemagne.

Pour la Suisse, la question ne se pose pas. La télé privée n’existe pratiquement pas. La bonne vieille SSR est condamnée à jouer sur les deux tableaux, pub et redevance. En France, c’est autre chose. On peut très bien imaginer que l’argent des annonceurs aille au grand Barnum commercial et que se développent des chaînes publiques financées par un impôt sur la manne pubeuse et une légère augmentation de la taxe.

Du coup s’ouvrirait un espace télévisuel vraiment différent. Préservé de l’obsession des taux d’audience, dégagé des grosses ficelles de la télé commerciale, poussé à se battre avec d’autres armes: celles de la créativité, de la qualité, de la crédibilité.

Des exemples de tels efforts, il y en a. Arte voit son public grandir enfin. Sur France 5, une émission, C dans l’air, trouve le sien à force d’intelligence et de pertinence dans le décodage quotidien de l’actualité . Mais ces exceptions qui rompent avec la grosse tambouille du «prime time» restent confidentielles, objectera-t-on. (*) Et pourquoi pas? La démocratie, c’est aussi la prise en compte des minorités. Pourquoi celles qui réclament une télé moins «bling-bling» n’auraient-elles pas droit à des tranches de programmes où l’on prend son temps, où l’on tente d’aller au fond des choses plutôt que d’en brasser l’écume, où l’on ne bride pas la créativité quand elle devient ébouriffante.

Ces «niches» n’intéressent pas les annonceurs mais elles ne sont pas insignifiantes pour autant. D’abord parce qu’elles ne sont pas monolithiques: les mordus de séries ou les amateurs de sport-spectacle peuvent très bien, à l’occasion, faire un tour chez les prétendus intellos. Et inversement.

La BBC reste sans pub... et excellente. Dans de nombreux pays, il existe des chaînes dites éducatives où l’on ne se barbe pas, où l’on voit des émissions de qualité qui simplement n’auraient pas place dans les grilles sous contrôle commercial. Cela demande bien sûr un sursaut créatif. Un bouleversement des habitudes. Mais ne serait-ce pas une chance pour le petit écran de plus en plus menacé par l’internet? Sur la Toile, toutes sortes d’expériences renouvellent le langage médiatique hors de la pression conformiste des publicitaires. Jamais le site de la TSR n’aurait atteint son niveau d’excellence sans le financement public... Les Français, et les téléspectateurs romands avec eux, ont donc peut-être une chance de découvrir, à travers la révolution proposée, une télévision nouvelle.

Après tout, il n’est pas gravé dans le bronze que toute activité médiatique doit se nourrir de la publicité. Plusieurs titres intéressants prouvent le contraire. Si l’on pense à l’histoire de la presse et même à celle, toute récente de l’internet, on voit que peuvent s’ouvrir toutes sortes de brèches dans le système dominant. Les médias ont leur rôle à jouer dans le débat d’idées. Dans la recherche d’images et de sons nouveaux. Or, les explorateurs ont besoin de liberté. Ils doivent pouvoir sortir des chemins battus. Une société qui ne leur laisse pas de place ratatine sa vision. C’est admis pour la culture, soutenue par les deniers publics. Cela vaut aussi pour cette vaste scène où se mêle journalisme, débats, fiction et fêtes.

(*) lire Ecran total de Sandrine Cohen dans L’Hebdo n°1 et n°2.

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Commentaires

Je tombe des nues: Mitterrrand aurait vendu TF1 à Bouygues ???? c'est n'importe quoi!!! En 1986, M François Leotard, ministre de la culture, sur ordre du premier ministre M. Jacques Chirac, ordonne la privatisation immédiate de TF1.....qui sera acheté par Bouygues, grand ami de Jacques Chirac.... (faut vous cultiver, M. Pilet)

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