D’ordinaire,
les professeurs d’université n’aiment pas trop s’aventurer sur les terrains
chauds de la politique internationale. L’un d’eux fait exception: Daniele
Ganser, 36 ans, aujourd’hui professeur d’histoire à Bâle. Après avoir étudié à
Londres et à Amsterdam, travaillé au “Center for Securities Studies de l’ETH à
Zürich, il se taille une stature de spécialiste des questions de sécurité de
1945 à nos jours. Sa grande préoccupation: “le terrorisme manipulé”. Autrement
dit: l’implication de certains services secrets dans des opérations qui avaient
pour but de créer la peur et le trouble à des fins politiques.
Ce
jeune homme au parler calme, mi-Tessinois mi-Bâlois, n’est pas un gauchiste: il
a même été “Senior Researcher” de 2001 à 2003 au sein du Think Tank libéral
“Avenir suisse”, mais son travail académique est plutôt ébouriffant. Son
dernier livre, “Les armées secrètes de l’OTAN” (1), traduit en sept langues,
jette une lumière crue sur le cynisme de la guerre froide. Plus délicat encore:
il tient à l’université rhénane un séminaire sur le 11 septembre où il analyse
avec ses étudiants les versions officielles de l’événement ainsi que les
innombrables rumeurs et mises en doute qui, à ce sujet, ne cessent de se propager aux
Etats-Unis et dans le monde.
On
savait que des organisations parallèles, telles “Gladio” en Italie ou la
fameuse “P26” en Suisse, étroitement liée au MI6 britannique, avaient été mises
sur pied, à l’insu des contrôles démocratiques dans plusieurs pays. Mais Ganser
va plus loin. Après cinq ans de recherches et de recoupements, il décrit ces
réseaux par le menu dans quatorze pays. Et surtout, il fait apparaître que ces
manoeuvres de l’ombre étaient dûment coordonnées en lien avec la CIA par
l’état-major de l’OTAN à Bruxelles, notamment à travers deux organes secrets,
le “ACC” (Allied Clandestine Committee) et le “CPC” (Clandestine Planning
Committee).
Ces
structures avaient pour but d’organiser préventivement la résistance en Europe
de l’ouest en cas d’envahissement par les Soviétiques. Mais elles furent
utilisées surtout pour barrer la route du pouvoir aux communistes. Par tous les
moyens. Y compris des actes terroristes imputés aux “rouges” pour galvaniser la
société.
Cette
face noire de la défense occidentale aurait pu rester méconnue. Si elle a fini
par apparaître, c’est grâce à l’acharnement d’un magistrat italien. Le 31 mai
1972 dans le village de Peteano, trois carabiniers trouvent la mort dans
l’explosion de leur voiture. Un communiqué des “Brigades rouges” revendique
l’attentat. L’affaire est entendue. Mais en 1984, le jeune juge Felice Casson,
alerté par diverses bizarreries du dossier, réouvre l’enquête. Et en tirant les
fils, il fait éclater la vérité. L’explosif utilisé provenait d’un des nombreux
dépôts d’armes clandestins de “Gladio”, l’armée dite “stay-behind” de l’OTAN,
liée à des organisations d’extrême-droite. L’auteur du crime est arrêté, il
avoue, il dénonce les surprenantes connexions de l’opération.
Ce
chapitre douloureux de l’histoire italienne où extrémistes de droite et de
gauche ont semé la terreur est désormais assez bien élucidé. Une commission
d’enquête parlementaire a mis au jour ce mécanisme infernal où les
manipulations des services secrets ont eu une large part.
“Lorsque
j’ai étudié cette affaire, raconte Ganser, je me suis rendu compte que ces
réseaux avaient des ramifications vers divers points d’Europe. J’ai alors
planté des épingles sur la carte au fur et à mesure qu’apparaissaient des noms.
Et je me suis dit qu’il fallait voir plus large, établir un panorama
complet.” Le chercheur parle cinq
langues, mais pour éplucher les documents disponibles en Turquie, en Norvège,
au Danemark et ailleurs, il requit l’aide de confrères et de journalistes
spécialisés de ces pays. Et c’est ainsi qu’il aboutit à ce volume
impressionnant, basé sur des faits vérifiables, des rapports officiels, des
données solides. Ganser est historien, ni polémiste ni idéologue.
La
version allemande (l’original a paru en anglais à Londres), récemment publiée
en Suisse (2), comporte une préface du professeur Georg Kreis de Bâle et une
postface du professeur Albert A. Stahel, de l’Institut d’études stratégiques de
Wädenswil: ces deux sommités académiques soulignent le sérieux et la nécessité
de cette recherche.
Ces
révélations rappellent que l’histoire n’est pas faite d’un face-à-face entre
bons et méchants comme le manichéisme des pouvoirs tente de le faire croire.
L’Italie n’a pas le monopole de ces coups tordus. Ganser en raconte bien
d’autres, en Allemagne, en Belgique, en Turquie, en France et ailleurs. Il va
jusqu’à se demander si Aldo Moro n’a pas été assassiné par des “Brigades
rouges” qui auraient été infiltrées par l’extrême-droite liée à “Gladio”: la
CIA, à l’époque, faisait tout pour empêcher le leader démocrate-chrétien
d’ouvrir la porte du gouvernement aux communistes. Il suggère aussi que les
attentats contre de Gaulle et le putsch des militaires rebelles d’Algérie
française ont pu être inspirés par les taupes américaines, Washington ne
faisant pas mystère de son hostilité au général.
Paranoïa
? Obsession de la théorie du complot ? Le danger est réel dans ce type
d’investigations. Le spécialiste suisse des services secrets, Jacques Baud, qui
a lui aussi révélé l’ampleur de ces structures de l’ombre (3), estime que
Ganser, aussi utiles que soient ses recherches, n’échappe pas totalement à ce
piège. Ganser se défend: il veut mettre tous les faits troublants sur la table,
il demande l’ouverture de tous les dossiers. Pour lui, c’est une condition de
la démocratie. Celle-ci ne peut pas se défendre en enterrant les chapitres de
l’histoire qui gênent les pouvoirs.
La
question se pose, de façon encore plus aiguë, à propos du 11 septembre. Faut-il
oui ou non entrer dans la polémique rampante autour de la version officielle ?
Daniele Ganser s’y risque. “Je me suis rendu compte que mes étudiants qui
vivent avec internet sont souvent persuadés qu’il y a eu là une manipulation
des services secrets alors que leurs parents qui ne lisent que la NZZ ne
mettent pas en doute un instant ce qu’en dit le gouvernement. Comme prof
d’histoire, je devais faire quelque chose. J’ai donc proposé d’étudier
sérieusement le rapport officiel publié en 2004. On a constaté qu’il ne tient
pas sur de nombreux points. Notamment parce qu’il ne traite pas des causes de
l’effondrement de la troisième tour de New York, le WT7. Nous avons aussi
examiné les théories sur une manipulation des services secrets. Il y a trois
hypothèses: la version officielle est la bonne, le pouvoir a laissé faire les
terroristes en voyant le bénéfice qu’il pouvait tirer d’un attentat ou alors le
Pentagone l’a organisé lui-même. Au bout du compte, nous n’avons pas trouvé
“la” vérité. Mais nous continuons de nous interroger.” Il n’est pas le seul.
Quelques-uns de ses collègues de l’ETHZ, spécialistes de la construction et de
la physique des matériaux, doutent aussi des circonstances de l’effondrement si
rapide et “propre” des tours de Manhattan. Sans pour autant résoudre les
énigmes qui subsistent.
Un
nouveau rapport officiel vient cependant de sortir: 200 pages pour conclure que
le troisième immeuble dont on a si peu parlé jusqu’alors - qui abritait des
documents confidentiels - a été simplement victime du feu. Ganser reste
dubitatif: l’auteur de cette étude est lié au gouvernement et il ne pouvait pas
révéler une éventuelle “démolition contrôlée” sans déclencher une polémique.
Pour lui, seule une investigation indépendante des pouvoirs politiques peut
être crédible.
Le
jeune professeur n’a aucune envie de se laisser enfermer dans ce débat. Par
prudence sans doute: ce terrain-là est miné. Par honnêteté intellectuelle
aussi: “Il me manque une preuve irréfutable, ne serait-ce qu’une seule, pour
que je puisse aboutir à une conclusion. Je pose donc les faits. Mais je ne
donne pas mon opinion. Parce que je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé.”
Daniele
Ganser préfère parler, en historien, de l’usage de la peur en politique. “Un
peuple pris de peur est au dixième de ses possibilités, de sa capacité
critique... N’oublions pas l’Irak. C’est en affirmant que ce pays était lié à
Al Quaida et possédait des armes de destructions massives que la guerre a pu
être déclenchée... C’était faux, mais cela a servi.”
Est-il
choqué par la force du mensonge et de la peur dans l’histoire ? Pas du tout:
“J’ai lu trop de choses pour m’en étonner. Cela fait partie de la stratégie. Le
président de la commission d’enquête parlementaire suisse sur la “P26” a
déclaré, bouleversé par ses découvertes (“je n’aurais jamais cru des choses
pareilles possibles !”), il en avait été éprouvé psychologiquement, il a même
perdu six ou sept kilos ! Moi pas. C’est peut-être une question de génération.”
Ganser
travaille aujourd’hui sur un autre sujet, peut-être tout aussi chaud: le rôle
du pétrole dans l’histoire récente. Avec les conséquences politiques de sa
raréfaction. Que se passe-t-il à l’approche du “pic pétrolier”, du moment où la
production mondiale diminuera inéluctablement ? Quelles guerres a produit et
peut produire encore ce tournant de l’histoire de l’humanité ?
“Evidemment,
lâche le professeur avec un sourire, cette histoire peut faire resurgir la
question du 11 septembre et des événements qui en ont découlé...”
Il
lui faudra, là aussi, du courage. On ne peut étudier les mécanismes de la peur
collective sans en faire preuve. Devant des faits dérangeants, la dérobade est
tentante. Il est frappant de constater que les révélations de Ganser ont certes
été répercutées dans de nombreux journaux (notamment la sage NZZ) mais elles
n’ont pas débouché sur de vastes débats publics. Comme si l’opinion populaire
s’effrayait des conséquences de certaines mises en doute impertinentes. Signe
des temps: c’est surtout sur internet que l’on s’agite le plus autour des
sujets brûlants comme la face cachée de la “guerre contre le terrorisme”: au
milieu d’un fatras de contributions souvent fantaisistes, on y trouve aussi, en
particulier aux Etats-Unis, une foule d’informations à contre-courant et
surtout le déferlement des questions que se posent tant de citoyens décidés à
ne pas tomber dans les panneaux que
peuvent leur tendre les pouvoirs.
(1) “Les
Armées secrètes de l’OTAN”, de Daniele Ganser, Ed. Demi Lune, 416 pages
(2) “Nato
Geheimarmeen in Europa”, Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung”,
préface de Georg Kreis et postface de Albert A. Stahel, Orell Füssli Verlag,
446 pages.
(3) “Encyclopédie
du renseignement et des services secrets”, de Jacques Baud, Ed. Lavauzelle
(2002), 736 pages.

Espions et terroristes - Les liaisons dangereuses
Comment le savoir-faire se transmet-il entre les " barbouzes " et les tenants de la terreur institutionnalisée? Le scénario du prochain attentat d'envergure serait-il inscrit dans les livres d'histoire parce que déjà mis en œuvre par les organismes officiels d'action clandestine? À quels actes de barbarie massive doit-on désormais s'attendre ? Livre explosif, Espions et terroristes plonge au cœur même d'un monde interlope et fascinant et annonce les catastrophes que des hommes, dotés de technologies simples, peuvent à tout moment déclencher.
http://www.decitre.fr/livres/Espions-et-terroristes.aspx/9782847363074
http://hermes001.skyrock.com
Rédigé par : Drew | 27 septembre 2008 à 12h15
Daniele Ganser et ses étudiants ne sont pas convaincus de la version officielle du 11 septembre. Le moins que l'on puisse dire est que l'enquête a été bâclée. Elle a d'ailleurs coûté dix fois moins au contribuable américain que l'enquête sur l'affaire Clinton/Lewinsky.
J'ai été surpris de lire le commentaire de D.J.
Selon lui, "la paranoïa se soigne". Ainsi, il suffit d'être critique, de poser des questions pour être traité de malade: belle mentalité!
J'aimerais revenir sur cette journée du 11 septembre 2001. Je me contenterai de parler de ce que je connais, c'est-à-dire du côté aéronautique des événements.
Je suis pilote d'avion depuis 45 ans. J'ai été pilote de chasse sur Mirage III et pilote de ligne au service de notre défunte compagnie nationale durant 27 ans.
Je pense que Mr Pilet comprendra mes arguments; il est pilote lui aussi si je ne m'abuse.
1. Il est parfaitement invraisemblable que les deux pilotes de chaque avion aient cédé leur place dans le cockpit de l'avion. N'oublions pas que les pirates étaient armés de "cutter" soit d'outils destinés à couper du papier ou du carton; rien de bien sérieux! Les portes d'accès au cockpit sont verrouillées. Elles ne donnent accès qu'à une seule personne à la fois. En admettant qu'un pirate parvienne tout de même jusqu'aux pilotes, il y aurait un moyen très simple de parer cette attaque: il suffirait de déclencher le pilote automatique et de pousser sur le manche pour que le pirate s'assomme au plafond. Ce n'est qu'un exemple; il y a d'autres parades.
Je veux bien qu'une attaque ait pu aboutir. Que les pirates aient pu remplacer les pilotes dans les quatre avions est absolument invraisemblable. Je n'aurais jamais cédé mon siège, jamais! J'aurais préféré prendre le risque de blesser mes collègues de l'équipage de cabine par la manoeuvre décrite plus haut que de céder ma place.
2. L'avion qui s'est écrasé sur le Pentagone venait de l'ouest. Il aurait été beaucoup plus simple de descendre en pente régulière pour frapper le Pentagone depuis le haut et depuis l'ouest. En admettant qu'il soit trop haut et qu'il doive effectuer un circuit, on peut admettre qu'il vienne de l'est. Mais, la manoeuvre effectuée par le soi-disant pirate est tout simplement impossible à réaliser. Durant la dernière phase de l'attaque, il aurait dû voler à 60 centimètres du sol en vol pratiquement horizontal et à plus de 800 km/h. Il a passé à la verticale d'une autoroute et dans des zones à haute densité de population. Aucun des quelques témoins n'a vu passer un avion de ligne. Ceux qui ont vu passer un objet volant ont tous parlé d'un avion de la taille d'un jet d'affaire, soit un avion de petite taille (missile de croisière?).
3. Où sont passés les films enregistrés par des caméras (Hotel Sheraton, Station service, etc.) Pourquoi le FBI n'a-t-il pas accepté de présenter ces images au public?
4. Où se trouvent les débris de l'avion? Là où les ailes ont frappé le Pentagone, les vitres sont encore intactes.
L'enquête prétend que l'avion s'est volatilisé. On a par contre réussi à retrouver l'ADN de chaque passager!!!
Les réacteurs d'un avion moderne sont fabriqués avec des matériaux résistants à de très hautes températures. On n'en a pas trouvé trace!
5. Où se trouvent les débris de l'avion qui s'est écrasé en Pennsylvanie?
Les premiers témoins sur place, dont le maire de la petite commune où le crash s'est produit, n'ont rien vu en arrivant sur le site; un trou, c'est tout! Le FBI a bouclé le pourtour très peu de temps après le crash. Comment ont-ils pu être si rapides?
J'arrête ici la liste de mes questions. Pour moi, le cas est clair: il y a des zones d'ombre dans toute cette affaire. Et ce n'est pas la remarque de D.J. qui changera les choses!
Merci à Mr Pilet d'avoir le courage d'évoquer ces questions?
Les paranoïaques ne sont pas les seuls à mettre en doute la version officielle!
Cumulus
Rédigé par : cumulus | 14 septembre 2008 à 18h49