Les Suisses sont assez fiers de leur sérénité face à la crise. Le capitalisme mondial est sens dessus dessous. Mais nous restons zen. Voyez nos conseillers fédéraux. Ils lâchent certes ici et là quelques propos attendus, la mine grave. Mais ils ne se bousculent guère sur le sujet. Le patron des finances, Rudolf Merz, reste de marbre lorsqu’il voit l’UBS, sous perfusion de l’Etat, qui distribue deux milliards de boni à ses cadres. On peut trouver Nicolas Sarkozy agité, reste que le président français a admonesté ses banquiers, eux aussi assistés, et leur a interdit de verser de telles primes. Oui, entend-on, mais les boni, chez nous, c’est une partie intégrante des rémunérations... Et pourquoi celles-ci ne baisseraient-elles pas dans une entreprise en faillite virtuelle, alors que l’industrie, privée des largesses étatique, doit licencier sans état d’âme ? Quant à la ministre de l’économie, Doris Leuthard, elle pousse loin la zen-attitude. Elle n’en finit pas de rassurer. Surtout, elle ne se presse pas. Elle évoque un nouveau paquet de mesures qui sera discuté cet été et mis en oeuvre l’an prochain. La Coupole fédérale garde son rythme. Le doyen du gouvernement, Moritz Leuenberger, a toujours été un modèle de sagesse contemplative. Guère versé dans les questions économiques, il a pourtant appris quelque chose en décembre 2008. Il raconte sa découverte dans son blog personnel (1): lorsqu’on prend un caddy dans un grand magasin, il faut mettre un franc pour le libérer. C’était nouveau pour lui. Parce que jusque-là, il faisait ses courses avec un cabas et y mettait si peu de choses qu’un chariot lui était inutile. Un consommateur aussi éthéré a toutes les raisons de rester zenissime en toute circonstance. Chez les champions du self-control, les Britanniques, le premier ministre reste calme mais tire une mine à la mesure du désastre: le Royaume Uni, hier si fier de sa City financière, voit sa monnaie s’effondrer, le chômage bondir, l’horizon se noircir. La presse, elle, y va fort. Avec des titres du genre “Islande-sur-Tamise” ou “la Grande-Bretagne peut-elle faire faillite ?” Le meilleur, il faut bien le dire, quitte à en rajouter dans l’obamania, c’est lui. Le beau président trouve le ton juste, reconnaît l’ampleur de la crise made in USA mais trouve aussi des propos mobilisateurs. Que son plan ait les effets souhaités, on peut en douter tant la maison américaine est minée jusque dans ses fondements. Mais ce surdoué donne, dans ces débuts, une leçon politique époustouflante. La question se pose à nous tous: faut-il rester zen ou s’alarmer ? Minimiser l’infarctus du système financier, la panne de la production industrielle, ce serait absurde. Mais entrer dans la spirale paranoïaque des Cassandre ne l’est pas moins. Il est ahurissant d’entendre tant d’experts économiques bon teint annoncer d’un ton tranquille que la croissance diminuera de tant et d’ici 2010, qui fixent avec assurance le nombre des chômeurs à venir. Ces prévisionnistes si sûrs d’eux sont les mêmes qui n’ont rien vu venir du tsunami financier de 2008. Et nous devrions les croire aujourd’hui ? Le pire est possible, il n’est jamais sûr. Ce que ne voient pas les obsédés du chiffre, les amoureux des courbes statistiques, les jongleurs de hedges, c’est la dimension culturelle du changement. Quelles que soient les courbes de la conjoncture, nous pressentons que quelque chose doit changer dans notre façon de consommer, d’épargner, d’investir, de produire. Certains dirigeants politiques, certains entrepreneurs l’ont compris et s’adaptent. D’autres, butés, restent accrochés leurs vieilles habitudes. Tels les patrons d’UBS, pour la plupart vieux copains du légendaire Ospel. Leur cas est sans espoir: ils ne comprendront jamais. Qu’attend-on pour les remplacer ? Si les toxicos du fric facile doivent entrer en cure, à l’autre extrême, les doux rêveurs, les éternels optimistes feraient bien aussi de se réveiller. Ce n’est pas en baillant aux corneilles que que nous remettrons la machine en marche et que nous la ferons bifurquer vers un avenir plus sage.

Zen, nos conseillers? En contemplation face aux éléments déréglés des marchés mondiaux ? Peut-être effectivement. Peut-être le sont-ils un peu trop, puisque leur job, finalement ce n'est pas tellement de contempler. Votre article caricature les choses avec un brin d'humour... j'aime bien.
Mais ne s'agirait-il pas de pousser la curiosité jusqu'à savoir s'ils sont zen dans une attitude qui est celle de la prière? Pourrait-on sonder leurs coeurs en ce sens? On sait que celui de Monsieur Mertz a déjà dû passer par un traitement hospitalier, mais n'y a-t-il pas la possibilité de pratiquer des sondages avec autre chose que des sondes de médecins? La culture n'est pas une science exacte... mais savons-nous vraiment ce que c'est ?
Nous avons en Suisse la culture politique du consensus, précisément celle qui a permis, dans l'ombre, l'émergence de la caste des banquiers ripoux. Or il s'agit maintenant de faire en sorte d'évacuer ces trous noirs de la finance, tout en restant si possible dans une culture politique du consensus. Et c'est bien ça qui risque d'être difficile. On voudrait donc avoir des conseillers fédéraux convaincants en ce sens, capables de dire qu'on est fatigués de ces faux débats qui conduisent à reproduire périodiquement les mêmes dissensus, faisant débat pour quelque temps avant de résorber dans une nouvelle normalité, après les votations.
Sans être extrémistes ils pourraient donner d'autres signes que simplement financer avec l'argent public le déficit de l'UBS. Ils pourraient par exemple faire comme Hugo Chavez en abolissant la Saint Valentin, pour quelques temps, en vue de remettre la lutte pour la justice sociale au premier plan, renforçant ainsi d'autres qualités humaines et ne laissant pas croire que seuls les petits égoïsmes de la vie privée ont une importance si visible que le débat politique en soit conditionné. En faisant ça on serait peut-être moins zen, mais peut-être culturellement un peu mieux préparés à réagir aux tempêtes boursières.
En fait Chavez, dans sa lutte, est quand même bien plus zen quelque part, puisqu'il est plus ouvert aux réalités du monde et moins conditionné par un utilitarisme bancaire censé séduire les individus embourgeoisés, toujours assoiffés d'argent.
Rédigé par: Carmen | 04 février 2009 à 11:51
Comment peut-on encore croire notre gouvernement au sujet des banques lorsque l' on sait que les partis de droite sont financés par les banques...N'y a-t-il pas là un problème de fond ?
Rédigé par: Renaud | 03 mars 2009 à 20:49