Ceux qui trouvaient la Suisse ennuyeuse parce que, disaient-ils, il s’y passe peu de choses, sont servis. Tant de certitudes se fissurent… Ecoutez les craquements de ces dernier jours. On se frotte les oreilles en entendant que même des banquiers envisagent de « redéfinir le secret bancaire ». Il est vrai que rien ne nous étonne plus depuis que le gouvernement a aidé une banque avec un « coup de pouce » qui dépasse le montant du budget de la Confédération. Et puis on découvre un beau matin que le géant de la presse romande, souvent accusé d’impérialisme régional, est lui-même absorbé par un concurrent zurichois. Bousculade des repères. Une autre nouvelle, pourtant peu fracassante, révèle aussi des glissements tectoniques dans la mythologie helvétique. C’est l’envoi de soldats suisses en Somalie. L’armée est le temple du conservatisme. Jamais confrontée – bien heureusement ! - à la réalité de sa mission guerrière, elle tourne sur elle-même, sur ses habitudes, sur ses certitudes. Elle le démontre, par exemple, avec son obstination à laisser l’arme de service au domicile du citoyen-soldat. En termes militaires, au vu des conflits modernes, cette coutume est folklorique. Mais elle sert une forme de rêve patriotique. Et tant pis si les détraqués flinguent ainsi plus aisément leur entourage ! Néanmoins, une partie de cette même armée a compris que le monde change. Les vieux schémas hérités de la deuxième guerre mondiale commencent à dater. Des soldats suisses contribuent à la stabilisation des Balkans. Les échanges d’expériences avec l’étranger se multiplient. Voilà que les militaires acceptent smême ans broncher de préparer une éventuelle mission dans le golfe d’Aden. Belle souplesse mentale. Car à vrai dire, ce job ne suscite pas l’enthousiasme. Et pour cause. En Somalie « l’ennemi » est insaisissable. Protéger des bateaux sur un espace grand cinq fois comme la France, face à des pirates rusés et bien équipés, n’est pas une sinécure. Et puis la mer, ce n’est pas notre histoire… Il est permis de s’interroger. Pourquoi la Confédération doit-elle venir en aide à une flotte privée ? Celle-ci a les moyens d’éviter l’obstacle : en faisant le tour de l’Afrique plutôt que de passer par le canal de Suez… ou s’assurer contre le risque de devoir verser des rançons. Il est certes désagréable pour le capitaine d’un cargo aux couleurs suisses de lancer des appels à l’aide et de constater le peu d’empressement des forces européennes présentes dans les parages. Celles-ci ont des priorités : elles protègent d’abord les convois humanitaires, puis les navires des pays engagés dans l’effort collectif. Les autres viennent après. Mais admettons que la menace touche lointainement notre pays… Il y a pourtant de bonnes raisons d’envoyer cette poignée d’hommes au sein des effectifs européens de l’opération « Atalante ». Des raisons d’abord politiques. L’Union européenne considère que nos relations de plus en plus étroites supposent que l’on se rende quelques petits services. La Suisse ne peut pas dire non à chaque fois. Lorsqu’elle fut sollicitée pour accueillir des ex-prisonniers de Guantanamo, elle a refusé poliment. Là, face aux pirates, elle doit y aller. Elle se souvient qu’en cas de troubles dans des pays lointains, elle n’a pas d’avion de transport militaire pour rapatrier ses citoyens et doit prier ses voisins de la dépanner. Il faut savoir renvoyer l’ascenseur. Il y a aussi une bonne raison militaire à cet engagement. Toute mission à l’étranger améliore la formation des cadres. En se frottant à des collègues d’autres nationalités, en se confrontant à des situations réelles, ils apprennent beaucoup. Ils se préparent à ce que sera notre défense demain : conduite la main dans la main avec nos amis et non plus en solitaires. En bon UDC, le chef du département concerné n’en est pas convaincu. Il veut « la meilleure armée du monde » mais répugne à l’envoyer outre-frontière. Pour l’instant. Car la nécessité à la fois politique et stratégique de ce genre d’ouverture se fait pressante. La mythologie patriotique, c’est sympathique, mais cela aide peu dans les coups durs.

Dire qu'avec son folklore l'armée suisse avait réussi à chasser les puissants Habsbourg de ses vallées fleuries ! C'est beau les mythes quand ils contiennent ne serait-ce que quelques parcelles de vérité !
Pourtant, si je comprends bien votre argument, vous êtes en train de dire que c'est au jeu du NOUVEAU FEODALISME qu'il faut jouer à présent. Les grandes puissances qui s'affrontent, donnant protection contre "service rendu", ne sont plus des têtes couronnées.
Alors ? De quel Roi invisible sommes-nous à la solde maintenant que le folklore monarchique est périmé ? Les Rois existent-t-il malgré leur invisibilité? On pourrait se lancer dans un débat de métaphysique, si la métaphysique elle-même n'était pas périmée... Ou peut-être s'en remettre au dernier souverain folklorique encore en activité, le Pape Benoît 16, qui garde fidèlement ses "Gardes suisses", hallebardés.
Dans ces conditions, espérons juste que nous n'allons pas passer du "service-rendu" au servage institutionnalisé!
Rédigé par: Carmen | 11 mars 2009 à 20:29