Dans cet avion en route vers l'Amérique du sud, tout l'équipage porte le masque. Beaucoup de passagers se collent aussi le bout de tissu sur le nez. Pour une telle discipline, il y faut une belle trouille. Et une belle docilité devant les consignes officielles. On n'est jamais trop prudent, dira-t-on. D'ailleurs il se peut que toutes ces mesures aient contenu cette gentille petite grippe. Cela dit il n'est pas interdit de tousser. Lundi, on avait recensé dans le monde 1025 cas, la plupart bénins. Et 27 morts, dont 26 au Mexique, 1 aux Etats-Unis. On en ignore le profil. Il pourrait s'agir de personnes affaiblies, âgées, mal nourries. Vous avez dit catastrophe ? Quelle que soit l'originalité de virus, le vacarme a débordé toute raison. Parce que les médias s'emballent dans un mécanisme bien connu. Quand un tel sujet apparaît, il paraît piquant. On se rue sur la nouveauté. Chacun veut en faire plus que le voisin. Et là,, ce frisson-là venait prendre à point le relais de la catastrophe économique présente et promise. Les spécialistes interrogés sont parfois un peu embarrassés par ce cirque, mais pas mécontents de montrer leur savoir. Chacun se disant: on ne me reprochera jamais d'être trop prudent, mais si j'atténue l'alarme et que les choses tournent mal, je n'aurai pas l'air fin. Le chef d'orchestre à la tête du tintamarre n'est autre que l'OMS. Cette boutique adore être mis en vedette. Une nouvelle grippe ? Quelle aubaine ! Les médias accourent, demain les financements seront plus généreux.. On entend moins les dirigeants de cette maison sur la malaria (3000 morts par jour) ou sur le choléra qui refait apparition sur le continent africain. Maux peu payants. Les petites phrases de Mme Margaret Chan, directrice chinoise de l'OMS, serviront de leçon à tous les manipulateurs semeurs de panique. « Le monde est prêt pour une nouvelle pandémie », a-t-elle dit. Pourrait-on dire qu'il est aussi « prêt » pour un nouveau 11 septembre ? Que veut dire au juste ce mot « prêt » ? Au moment où le soufflé retombe, la dame donne dans l'emphase pour entretenir la trouille. Elle déclare ainsi que « dans les pays du sud, l'hiver propice aux grippes habituelles va commencer et personne ne sait ce qui arrivera si le nouveau virus s'ajoute aux formes connues de la maladie. » Elle ajoute que le virus peut très bien rebondir après l'accalmie: "Si cela se produisait, confie-t-elle au « Financial Times », ce serait la pire des épidémies que le monde aurait à affronter au 21e siècle !" Quand on ne sait pas, quand on jongle avec les conditionnels, ne vaudrait-il pas mieux se taire plutôt qu'étaler l'incertitude comme une couche de plus sur le méli-mélo de nos angoisses ? La dame de l'OMS ne se pose pas ces questions. Elle fait sa pub. A l'image de Roche qui grâce au Tamiflu peut se poser en bienfaitrice de l'humanité. Il y eut la vache folle, la grippe asiatique, la grippe aviaire. Maintenant celle du cochon. De sérieux problèmes sanitaires sans doute. Mais que n'a-t-on lu sur les lendemains apocalyptiques de ces maux ? A force de brandir les pires scénarios dès l'apparition des premières informations troublantes sur tel ou tel virus « nouveau », les spécialistes courent le risque de ne plus être cru par personne lorsque l'alarme se justifiera vraiment. Il est grand temps de trouver un vaccin. Contre la grippe du mouton. Cette fièvre qui s'empare des foules bêlantes, affolées par les aboiements de quelques chiens savants qui conduisent le troupeau par la peur. Cette potion-là exige plusieurs ingrédients: sens critique, sang froid... et un peu de décence aussi. Car il y a quelque chose de honteux à paniquer ainsi devant des périsl aussi hypothétiques alors que des maladies tout à fait curables tuent des millions de personnes du seul fait de la pauvreté. Quant à ceux qui profitent du désarroi populaire pour en tirer parti, espérons que leur masque – celui de l'hypocrisie et du cynisme- soit tombé. Tels les assureurs suisses qui osent annoncer de possibles augmentations de prime du fait des toux mexicaines, tirant de leur chapeau le chiffre de 300 millions de coûts supplémentaires. Ces gens sont non seulement sans vergogne mais d'une légèreté comptable réellement inquiétante, elle.

Really good hope you can continue to write better articles!
Rédigé par : coach shoes | 16 novembre 2010 à 07h18
Les infos télévisés continueront à nous matraquer à coup de vaccin d'effroi pandémique.
Comme quoi la peur peut transformer n'importe quelles personnes en moutons dociles, qui seront plus facilement d'accord, de leur propre chef, de se faire tondre par leur tendre berger, ''protecteur des faibles troupeau contre les étranges maladies étrangères''.
Comme quoi, le sens critique, comme vous le dites, serait plus que le bienvenu.
Rédigé par : diego | 08 novembre 2009 à 12h54