S’il y a un sujet dont les Suisses
se fichent totalement, c’est la campagne pour l’élection du Parlement
européen. Nous devrions néanmoins ouvrir yeux et oreilles. La composition
de cette assemblée marquera le cours de l’Union ces prochaines années.
Ce qui bien sûr aura son influence sur nos relations avec elle.
Il est vrai que la consultation du
7 juin suscite peu d’intérêt chez les citoyens européens. Parce
que précisément, cette appellation ne veut pas dire grand’chose
pour eux. Leur intérêt pour la politique reste d’abord national.
Les dirigeants font de ces élections un test sur les rapports de force
intérieurs. Nombre de gouvernements et de partis en profitent pour
caser quelques amis en panne de carrière. L’argent manque pour les
affiches. Les médias hésitent à mettre le paquet.
Les causes de ce désintérêt sont nombreuses. Pour les uns, l’Union est trop libérale, pour d’autres trop interventionniste. Trop faible pour les uns, trop autoritaire pour les autres. Le projet paraît flou. Le doute s’insinue jusque chez ceux qui expriment par ailleurs un réel besoin d’Europe. Et puis la joute n’est pas spectaculaire. L’affrontement entre gauche et droite n’enflamme pas cet hémicycle. La recherche permanente du compromis ne passionne personne.
Mais l’une des raisons du malaise est à chercher au sommet. L’Union européenne a la voix faible. Les figures de proue manquent. Aucun des chefs d’Etat actuels n’a l’autorité et le savoir-faire qui lui permettraient de porter un discours fort à l’échelle du continent.
Et la commission ? Elle se tait. Quand
la mégacrise a éclaté, beaucoup attendaient d’elle des propositions
ambitieuses, des choix clairs. En vain. Il n’est arrivé de Bruxelles
que des propos généraux ainsi que le rappel appuyé de la modestie
des moyens propres de l’Union et de la suprématie des pouvoirs nationaux.
Pourquoi cette faiblesse ? Le président de la commission, José Manuel Barroso, n’a qu’une chose en tête : sa réélection qui devrait survenir cet été. Pour réussir, il lui faut ne froisser personne. Donc ne pas trancher entre ceux qui voulaient injecter beaucoup d’argent et ceux qui restaient réticents. Donc ne pas porter ombrage aux chefs d’Etat qui veulent rester sur le devant de la scène. Surtout ne pas avoir de vision. Toute perspective originale diviserait. L’ex-premier ministre portugais cultive donc une apparente modestie, un pragmatisme posé en principe. Le profil d’un gentil conseiller fédéral !
Ce libéral convaincu a longtemps plu à Londres. Mais là aussi, des critiques se font entendre. Le « Financial Times » vient de publier une diatribe signée de son spécialiste , Wolfgang Münchau. Le « président le plus faible de tous les temps » aurait « atrocement failli » dans la gestion de la crise, à la différence de la Banque centrale européenne. « On dit qu’un poisson pourrit par la tête, écrit le quotidien d’affaires, et c’est exactement ce qui va se passer ici. Rien ne sent plus mauvais dans la politique européenne que l’apparente inéluctabilité de la reconduction de Barroso pour un nouveau mandat de cinq ans(…) Ce serait un message désastreux. »
Mais voilà, toute la droite va voter pour lui, et une partie de la gauche (ibérique et britannique) aussi. Même si un libéral comme le Belge Guy Verhofstadt résume l’enjeu ainsi : « Il nous faut une commission avec une stratégie. Celle-là n’en a pas. »
L’équipe actuellement aux manettes n’a certes pas de réponse à la crise, pas de vision à long terme, mais elle proclame obstinément un message idéologique. Exemple : elle veut que tous les pays européens autorisent la vente de médicaments hors des pharmacies. La disposition vient d’être recalée par la Cour de justice ! Une tel dossier ne concerne en rien l’intérêt commun des Européens : elle devrait donc rester de la compétence des Etats. La commission, là, sort des clous. Elle ferait bien de se concentrer plutôt sur les défis de son ressort : tels l’économie, la recherche, l’écologie, la défense ou l’immigration.
Le soutien à « cet homme vain et sans courage politique » (selon le FT) révèle chez les politiciens européens une fascination inconsciente de la médiocrité qui n’est pas de bon augure. Mais surprises et sursauts restent possibles.

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