Vous pensiez le Valais conservateur et catholique jusqu’à la moelle depuis le fond des temps? Faux. Au sortir du Moyen Âge, le « Vieux-Pays » - l’appellation n’est pas innocente - fut en réalité un champ de bataille intellectuel inimaginable aujourd’hui. Les idées « modernes », l’influence de la Réforme s’étaient emparées des élites citadines, largement ouvertes sur l’Europe. C’est ce que révèle le journaliste et historien Gérard Delaloye dans un ouvrage d’apparence fort sage, en réalité ébouriffant (1).
On y découvre que « dans le dernier
tiers du XVIème siècle, les dirigeants politiques sont en majorité
protestants ». L’embrouillamini des luttes politiques, sur fond de
tensions permanentes entre le haut et le bas de la vallée, a longtemps
masqué cette réalité méconnue : le large rejet d’un clergé corrompu
et une puissante aspiration au changement. Les familles patriciennes
envoyaient leurs fils étudier en Allemagne ou du côté de Zurich d’où
ils revenaient avec des idées « hérétiques ». Les évêques, face
à ce glissement des consciences, restèrent longtemps hésitants.
Une grande figure de l’humanisme réformateur a dominé ce débat : Thomas Platter (1499-1582), le berger haut-valaisan devenu médecin, éditeur, chroniqueur fascinant de son époque. « Les paysans, raconte-t-il, d’une seule voix hurlent contre les prêtres (car ces derniers vivent vraiment honteusement). Cependant ils ne veulent pas du luthéranisme, car ils pensent qu’il s’agit de je ne sais quoi d’abominable (…) tant ils sont séduits et endoctrinés par les prêtres. » Pourquoi donc ce penseur génial est-il plus connu et honoré à l’étranger que chez nous (2) ?
Delaloye décrit par le menu l’avancée
de la Réforme jusqu’à Saint-Maurice, où un capucin observait en
1602 qu’ « il y avait environ trois cents familles, toutes hérétiques,
sans les étrangers, artisans, serviteurs et servantes, et presque tout
le reste était fort ébranlé en la foi à cause que le commerce et
la fréquentation des hérétiques étaient si familiers et ordinaires. »
Lorsque la Contre-Réforme reconquit non sans peine villes et campagnes, nombre de Valaisans choisirent l’orthodoxie papiste… tout en cultivant secrètement une foi d’inspiration protestante. A l’image des « marranes », ces Juifs espagnols qui feignaient l’intégration catholique.
Comment les sociétés d’alors, sans
médias, dans des villes minuscules (Sion avait 2000 habitants !), a-t-on
pu pousser si loin le débat idéologique entre lumières et obscurantismes ?
Quelle leçon de modestie pour nous qui disposons de mille moyens de
connaissances et qui cédons à d’aveugles somnolences…
L’histoire n’a pas fini de nous
surprendre. Mais la façon dont les élites s’entendirent à la rejeter
dans l’oubli est tout aussi troublante. Le déni des conflits passés
au nom d’une représentation mythique de la Suisse, a imposé un tranquille
mensonge collectif. Hommage à ceux qui le démontent.
La Réforme valaisanne est loin d’être le seul trou de nos mémoires. On peut évoquer aussi le « silence historique » sur la trame commune qui unit les Romands. Chaque canton reste enfermé dans ses propres livres. Comme disait Alain Pichard « La Suisse romande n’existe pas ». Ou mieux dit: elle ne doit pas exister. Le politologue François Cherix publie à ce sujet un livre indispensable (3) : « La question romande » (lire page ???). Il y décortique ces curieuses amnésies. Il y éclaire les raisons qui nous poussent à refuser une part de notre identité.
Les chapitres refoulés du passé sont si nombreux. Il y en a un, par exemple, dont on ferait bien de ne pas l’enterrer trop vite, c’est la naissance du canton du Jura. Utile sujet de réflexion à l’heure des palabres sur l’arc neuchâtelois-jurassien. Au fait, pourquoi diable la récente biographie de Roland Béguelin que l’on doit au journaliste Vincent Philippe (4) fait-elle un tel flop dans les médias romands ? Ce silence n’est pas fortuit. Il mérite qu’on vienne le troubler. Nous y reviendrons.

C'est intéressant et ça fait réfléchir.
Peut-être qu'un jour on aura oublié qu'entre les années 1970 et maintenant on a du subir une intelligentsia gauchisante infumable, qui tenait tous les médias, jugeait, et condamnait de manière obtuse tous ceux qui ne pensaient pas comme elle.
Espérons qu'on les oubliera complètement, eux aussi, au point de ne même pas se souvenir qu'ils ont existé, comme les protestants valaisans du XVIe siècle...
C'est ça qui serait beau !...
Rédigé par: Tiens tiens ...! | 04 mai 2009 à 03:28