L’idée que la politique a notamment pour but de réduire les inégalités est-elle en train de disparaître ? Possible. Les élections européennes donnent un signe troublant. La social-démocratie, sonnée debout, avait un credo simple : on ne fait pas la révolution, on gère sagement, on ne touche pas au capitalisme mais on adoucit ses rigueurs. Cela aurait pu plaire en temps de crise. Or c’est le contraire qui s’est produit. Le message des électeurs, dans toute l’Europe, peut se résumer ainsi : gouvernants de droite, continuez, faites que tout redevienne comme avant, tant pis pour les revendications sociales. Et ceux qui rêvent encore de changer le monde ? Ils ont boudé les socialistes, trop pépères, trop attendus. Beaucoup se sont tournés vers la nouvelle utopie : l’écologie. Le défi n’est plus de soulager les pauvres mais d’amener toute la société à vivre différemment. Cette louable préoccupation a pour effet de rendre ringard le discours de la gauche traditionnelle. Celle-ci est entrée sur ce terrain trop tard et avec une inégale conviction. Le résultat de ce glissement des sensibilités ? Mis à part les très minoritaires pourfendeurs français et allemands du capitalisme – deux exceptions en Europe -, à peu près plus personne ne donne une franche priorité au combat pour la justice sociale. La plupart des Britanniques tirent la langue, ne savent plus comment payer leur loyer, mais ils ne croient plus que les travaillistes les défendront mieux que les conservateurs. Les Allemands, si touchés par la dépression mondiale, hurlaient hier lorsque le socialiste Schroeder voulait limiter certains droits acquis, et aujourd’hui, ils donnent la préférence aux démocrates-chrétiens qui proposent d’aller bien plus loin encore dans les sacrifices. Pourquoi ce changement ? Parce que le souci numéro un, c’est le redémarrage de l’économie. Peut-être aussi parce que, mine de rien, là comme ailleurs, nos sociétés s’habituent au fossé croissant entre riches et pauvres. Le phénomène ne date pas d’hier. Il est patent à l’est. Dans les pays ex-communistes, tous les partis évitent le plus possible les thèmes sociaux, suspects de rappeler le vieux temps. Y compris à gauche. La plupart des Polonais vivent avec des salaires de misère alors que les prix sont faramineux. Cela ne les retient pas de voter pour le parti libéral. En Hongrie, en Slovaquie, en Roumanie, la seule question qui échauffe le débat, c’est la montée en puissance de l’extrême-droite nationaliste. Comme aux Pays-Bas. Dans ce climat, n’allez surtout pas parler de lutte des classes ! C’est là un autre pan de la nouvelle carte idéologique européenne. Il siégera à Strasbourg une solide bande de députés décidés à saboter l’Union de l’intérieur. Des conservateurs britanniques aux eurosceptiques tchèques en passant par des xénophobes de tout poil. Ils n’y parviendront pas, mais ils feront tout pour freiner la machine… et surtout les avancées sociales. La droite classique est sûre d’elle. Parce qu’elle trouble l’ancienne donne. Parce qu’elle sait miser sur tous les tableaux. Et phagocyter ainsi ses adversaires. Le président français sait très bien jouer à la fois sur les registres de droite et de gauche. Le gouvernement polonais lâche juste assez de lest pour que la question sociale ne surgisse pas. Le parti de droite Fidesz, vainqueur en Hongrie, promet plus de cadeaux aux démunis que la gauche. L’apôtre tchèque du libre marché, Vaclav Klaus, se garde bien de toucher aux structures héritées du communisme qui soutiennent les rentes et les soins médicaux. Le milliardaire Berlusconi réussit à faire croire aux Italiens qu’il est le meilleur défenseur des petits. Même le patron de la Commission de Bruxelles, le très libéral Barroso se met soudain à plaider pour une sévère réglementation des marchés financiers. Si l’économie ne s’effondre pas davantage, les protections sociales ne sont donc pas vraiment menacées. Mais l’idéal de l’égalité entre les citoyens est passé de mode. Cette aspiration européenne, héritage de tant de luttes, cette différence d’avec les sociétés asiatiques ou américaines, trouve de moins en moins d’écho. Les super-riches peuvent dormir tranquilles. Quant à ceux qui galèrent, ils oublieront leurs soucis devant la télé. Il y a de si bons acteurs. A commencer par les politiciens.

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Rédigé par: Audrey | 07 juillet 2009 à 10:46
personnellement je n'arrive pas a comprendre cet homme à cet age et il se prend pour un adolescent! surement il a quelque chose au fond de lui qui ne va pas
Rédigé par: berlosconu | 15 juillet 2009 à 19:55
Je pense que maintenant que le Traité de Lisbonne va entrer en vigueur la sortie de crise c'est maintenant pour dans un an et demi sinon un peu plus un grand retour de justice sociale en Europe.
Rédigé par: Aurel | 06 novembre 2009 à 19:45