Le désarroi de la Suisse va au-delà de cette histoire de secret bancaire. Le pays ne sait plus où il va. Va-t-il cultiver le plus longtemps possible ses particularités ? Ou jouer un jeu plus collectif ? Changera-t-il une équipe dirigeante à bout de souffle? Réformera-t-il ses institutions ? Suspense.
Mais nous ne sommes pas les seuls dans de tels embarras. La crise politique qui affecte l’Europe est aussi grave – plus grave ? – que le cafouillage économique.
La France écoute les discours de son président mais ne croit plus que ces belles paroles changeront la réalité. L’Italie voit son parlement se ridiculiser en votant une ixième loi destinée à mettre son premier ministre à l'abri des juges. L’Espagne s’enfonce dans le chômage et face au désastre, l'impuissance du pouvoir paraît pathétique. La Grande-Bretagne est en faillite virtuelle : elle s’est livrée à la city, elle a tué son industrie, elle se demande de quoi elle vivra demain. Or ni les conservateurs ni les travaillistes n’apportent de réponse crédible.
Ce moment critique de l’histoire européenne marque un retour aux postures nationalistes. Croyant renforcer leur autorité, les chefs d’Etat affaiblissent l’Union européenne en vidant de leur substance les nouvelles fonctions crées par le Traité de Lisbonne. En envoyant de pâles figures à la Commission. En mettant en avant les mérites qu’ils s’attribuent et en taisant les efforts communautaires.
Où ces politiques mènent-elles l’Europe ? A l’insignifiance et au déclin. Ce n’est pas pour rien qu’Obama ne se donne même plus la peine de rencontrer les (trop) nombreux dirigeants de l’Union.
Cependant les peuples commencent, peu à peu, à se rendre compte que leurs roitelets nationaux n’ont plus prise sur les événements, déterminés par des rapports de force qui les dépassent. Même certains ministres l’admettent. Tel Guido Westerwelle, chef de la diplomatie allemande, qui clame la nécessité d’une armée européenne placée sous l’autorité du Parlement de Strasbourg.
Du marasme pourrait naître une détermination nouvelle à renforcer l’UE, confrontée à une puissance américaine qui la regarde de haut et à une Chine qui avance ses pions à toute force.
Cette nécessité se fait toujours plus pressante. On le voit avec cette offensive des « marchés » qui se plaisent à annoncer la faillite prochaine de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Que ces pays soient dans une terrible mouise, c’est sûr. Mais pas plus que bien d’autres. Et qui sont les sonneurs de l’alarme ? Les gourous boursicoteurs de Londres et New York qui trouvent là l’occasion de tirer sur l’euro… et d’engranger de juteux bénéfices grâce au financement des dettes méditerranéennes à taux maximum. Qu’Américains et Britanniques, dont les Etats sont enfoncés dans des déficits insondables, fassent ainsi la morale à ceux dont la tête ne leur revient pas témoigne d’une arrogance anglo-saxonne sans limite. La seule riposte possible ne peut venir que d’une Europe bien réveillée.
D’autres nuages sombres imposeront le sursaut. Les opinions publiques ne laisseront indéfiniment pas leurs gouvernements suivre comme des toutous la stratégie américaine en Afghanistan et au Pakistan. Si les choses se gâtent du côté de l'Iran, les Européens devront choisir: s''aligner une fois de plus sur les initiatives américaines et israéliennes ou faire valoir d'une seule voix leurs propres intérêts.
Et il y a plus grave encore. L'affrontement entre la Chine et les Etats-Unis autour du commerce, des libertés, de Taiwan, peut très mal tourner. L’Europe entrera-t-elle dans la spirale conflictuelle ou saura-t-elle tirer son épingle du jeu ? Tout dépendra de la capacité des gouvernements à dépasser leurs horizons nationaux et à celle des pouvoirs communautaires à secouer leur actuelle inertie.
Il y a des signes positifs, des pas minuscules mais révélateurs. Ainsi le Parlement européen s'apprête à bloquer l’entrée en vigueur d’un accord permettant à Washington d’accéder aux données de Swift, une société basée à Bruxelles qui sert de plaque tournante des fonds interbancaires. La servilité atteint ses limites. Le temps des mollassons devient trop périlleux pour se prolonger longtemps encore.

Je pense qu'il faudrait modifier cette phrase "La France écoute les discours de son président mais ne croit plus que ces belles paroles changeront la réalité" par " La France n'écoute plus les discours de son président et ne croit plus ses belles paroles qui ne changent jamais rien à la réalité".
Rédigé par : GED | 13 février 2010 à 18h57