Un livre met l’Allemagne sens dessus dessous. Celui que vient de publier Theo Sarrazin (1), ex-chef des finances de la ville de Berlin, socialiste, membre du directoire de la Banque fédérale, s’est vendu à 250’000 exemplaires en quelques jours et donne des sueurs froides à toute la classe politique.
L’austère Berlinois prédit que l’Allemagne va à la catastrophe du fait de l’immigration. Parce que les musulmans font beaucoup d’enfants et les Allemands très peu. Parce que ces étrangers seraient moins intelligents et moins instruits.
Atterrés, responsables politiques et commentateurs condamnent des propos à la limite du racisme mais admettent tous que le débat doit être posé. Ce qui n’a pas empêché le président de la République fédérale allemande de chasser le provocateur de la banque d’Etat et son parti de lui botter les fesses. Mesures - censure ? - qui indigne une foule de citoyens séduits par le briseur de tabous.
Les magazines d’outre-Rhin remplissent des pages. Ainsi «Der Spiegel» analyse froidement ces propos sulfureux. Nombre de questions gênantes sont bien posées, admet-il. Mais il met aussi le doigt sur plusieurs théories fumeuses qui discrédite l’ouvrage. A propos des capacités intellectuelles qui seraient, selon Sarrazin, «largement héréditaires». A propos de la composante génétique des peuples. A propos de la criminalité des jeunes Arabes et Turcs qui serait prédominante, ce que démentent les chiffres. A propos de la religion musulmane qui mettrait un obstacle à l’instruction et une entrave au progrès. A propos de la démographie envahissante des étrangers qu’imagine le futurologue improvisé, là aussi contredit par les experts.
L’émoi est immense parce que jusqu’à ce jour, l’Allemagne fait plutôt bonne figure en comparaison européenne: l’extrême-droite y est quasiment inexistante, la xénophobie ne s’exprime guère, les quartiers sensibles ne s’enflamment pas, les Turcs (63 % des quatre millions de musulmans) connaissent un taux de chômage élevé, il est vrai, mais beaucoup sont bien intégrés et réussissent dans tous les métiers.
Mais voilà que «la guerre des civilisations», cette manipulation planétaire, paraît gagner une république qui paraissait vaccinée contre les dangers du nombrilisme. L’est-elle vraiment ? Les sondages indiquent qu’un nouveau parti qui surgirait sur les thèses du dit Sarrazin pourrait recueilllir 20 % des suffrages. A voir.
L’affaire a le mérite de faire réfléchir. Comment fixer les règles du jeu migratoire ? Comment aborder l’émergence des débats sur les religions ?
Foin d’angélisme. Les étrangers porteurs d’une autre culture s’installent en Europe, ils ont droit au respect mais ils sont tenus aussi au respect des lois et des sensibilités locales. La nécessité d’un pacte s’impose. Mais personne n’y arrivera en faisant bouillir de part et d’autres les émotions.
La raison ne paie pas dans les discours populistes. Elle n’est pas dans le vent du moment. Philosophes des Lumières, revenez-nous !
La recette du jour s’appelle quête identitaire. C’est à qui brassera le plus profond dans cette marmite.
Et dans la foulée, le religieux refait surface. Voilà qu’une multitude de petits Sarrazin se mettent à comparer les mérites de celle-ci, les tares de celle-là. Ainsi le polémiste allemand pense que la tradition catholique n’aime pas les questions critiques, que la culture juive pousse à la connaissance, que l’islam dresse un barrage devant elle. Justes ou fausses, peu importe, ces considérations de bistrot nous enfoncent dans une fantasmagorie sans issue.
Dans toutes les chapelles, synagogues et mosquées, les intégristes aujourd’hui triomphants défient la raison, rivalisent dans le zèle des anathèmes. Le spirituel dérive vers la superstition.
Il y en d’innocentes. Comme celle des Valaisans de Fiesch qui, après avoir prié pendant des siècles pour que le glacier d’Aletsch recule, attendent maintenant du pape qu’il inverse l’ancien voeu et demande à Dieu d’arrêter la fonte des glaces.
Il y en a de plus fâcheuses. Comme celles des parents musulmans qui empêchent leurs filles d’apprendre à nager.
Il y en a de terrifiantes. A chacun de les débusquer sur la carte du monde.
Quand donc les laïcs se dresseront-ils contre les bigots de tout poil ? De leur sursaut dépend rien moins que la paix du monde.
(1) «Deutschland schafft sich ab»: l’Allemagne se défait.

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Rédigé par : coach shoes | 16 novembre 2010 à 07h22
"La tolérance illimitée conduit à la disparition de la tolérance. Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l'impact de l'intolérance, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui. Nous devrions ainsi revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer l'intolérance. Nous devrions revendiquer que tout mouvement prêchant l'intolérance se place en dehors de la loi, et nous devrions considérer l'incitation à l'intolérance et la persécution comme criminel, de la même manière que nous devrions considérer l'incitation au meurtre, au kidnapping ou à la résurgence d'un marché d'esclaves, comme criminel"
Karl Popper, philosophe des sciences, dans Logique de la découverte scientifique
Rédigé par : Richard Golay | 17 septembre 2010 à 12h34
Vous nous rendez la vie difficile: comment faire pour lire votre chronique jusqu'au bout si dès le début du troisième paragraphe elle contient des faits inexacts?
Rédigé par : Charles Pfersich | 10 septembre 2010 à 07h54