La planète est à bout de souffle. Ses ressources arrivent à leur fin. Et l’homme continue d’en abuser. Pour sauver «l’habitabilité de la terre», il faut changer les règles du jeu politique. La démocratie parlementaire a fait son temps. Il faut lui adjoindre des institutions nouvelles, avec une place réservée aux savants.
Telle est la thèse d’un professeur à l’université de Lausanne, ex-théologien, philosophe, membre de la fondation Hulot, écrivain prolixe, écologiste jusqu’à la moelle: Dominique Bourg. Qui publie un livre avec un collègue de Pennsylvanie (1).
Trop de sages académiques n’osent pas piper mot dérangeant pour que l’on s’offusque d’en voir un jeter un pavé dans la mare.
Reste à y regarder de plus près. Pour ces auteurs, les périls planétaires sont tels que les parlements, les Etats, les organisations internationales sont incapables d’y faire face. Parce que les enjeux sont peu visibles, transnationaux, posés à long terme.
Selon Bourg, les élus ne pensent qu’à leur réélection, aux rivalités de pouvoir: aveugles sur l’avenir de l’humanité. Son repoussoir, c’est Benjamin Constant, si attaché aux droits de l’individu. «Or, compte tenu de la masse démographique humaine, de l’épuisement des ressources naturelles et des dégradations infligées aux grands mécanismes régulateurs planétaires, la liberté selon les Modernes est non seulement devenu absurde mais dangereuse.»
Ce lettré affiche en revanche un faible pour l’Athènes antique où les élites palabraient sur la politique sans remettre en cause l’ordre cosmique. Leçon pour aujourd’hui: «Une liberté qu’aucun principe ne viendrait jamais borner permet à chacun de contribuer à l’épuisement de la biosphère.»
La recette ? Il l’a. Adjoindre au parlement et au gouvernement une «Académie du futur» où s’affirmerait «la science éclairante». Et un Sénat, composé aux deux tiers d’experts et de représentants des ONG, plus un tiers de représentants du peuple... tirés au sort. Cette institution poserait des objectifs larges et mettrait son veto aux lois non conformes au dogme. Le processus serait accompagné par des «forums citoyens», où chacun pourrait s’exprimer et surtout progresser dans la juste connaissance.
Peu importe que la proposition soit utopique. Il en faut. Mais là, elle fait tousser. Parce qu’on a connu dans l’histoire trop de tentatives de donner le pouvoir à ceux qui «savent» au détriment du peuple qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
Mais quel est au juste l’horizon de Dominique Bourg ? Il paraît plus préoccupé de son audience parisienne et de son gagne-pain helvétique que des diversités du monde. Il insiste à raison sur la dimension planétaire des défis, mais il ne s’interroge pas un instant sur la réaction que son propos susciterait en Asie, en Afrique, en Amérique latine. En menant sa réflexion avec des confrères brésiliens, indiens ou chinois plutôt qu’en s’enfermant dans sa bibliothèque, il aboutirait peut-être à d’autres conclusions. Travers bien français.
Enfin, ces experts chargés de dépasser notre aveuglement matérialiste, sont-ils vraiment si sages ? Si préservés des intrigues de pouvoir ? Si libres de toute attache intéressée ?
La partie informative du livre est plutôt approximative. Dans sa description apocalyptique des dangers qui nous guettent, il accumule les «on dit», «on pense», «on constate»... Qui sont tous ces «on» ? La «communauté scientifique internationale» ? Son unanimité n’est que de façade. Elle jette le manteau sur des visées contradictoires. Personne ne peut la croire infaillible.
Indépendante ? Dominique Bourg fait partie de la fondation Hulot, financée notamment par Electricité de France, un mastodonte d’autant plus intéressé à limiter les émissions de CO2 qu’il veut fourguer partout des centrales atomiques. Tiens, le nucléaire... le gourou écologiste et son compère effleurent à peine le sujet, ne s’attardent pas sur l’épuisement également prévisible de l’uranium ni sur le casse-tête pourtant de nature philosophique des déchets millénaires. Prudence suspecte.
Le professeur lausannois n’est peut-être pas, comme il en est accusé, un «éco-bonapartiste», mais un intellectuel empreint de son passé théologique qui veut sauver la planète. Il gagnerait à la parcourir, à l’écouter un peu plus, à débattre plutôt que prêcher.
(1) «Vers une démocratie écologique» de Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Le Seuil, 110 pages.

Je serai plus enclin à parler de "dictature écologique" ... http://jbriselet.blog.lemonde.fr/2010/11/17/democratie-ecologique-ou-dictature-ecologique/
Rédigé par : Thermopyles | 23 décembre 2010 à 23h43
Pour une autre remise en perspective, à la fois empirique et analytique, voir aussi “Le « développement durable » appelle-t-il davantage de démocratie ?” dans la revue Vertigo : http://vertigo.revues.org/4996
Rédigé par : Bernard | 12 décembre 2010 à 14h58
nothing is impossible for a willing heart.
Rédigé par : coach outlet | 15 novembre 2010 à 06h31