« On a peur, on s’imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon. » (Georges Bernanos)
Peur des débâcles financières. Peur des étrangers. Peur de la mondialisation. Peur du changement climatique. Peur de la science même, qui hier promettait de nous en protéger…
Le carrousel de nos trouilles collectives tourne dans nos têtes et tout autour du monde. Comment les démêler ? Comment faire pour qu’elles n’empoisonnent pas nos vies ?
Les marchands de philosophie à quatre sous et les donneurs de conseils psychologiques offrent toutes sortes de trucs. Mais on peut empoigner l’affaire par un autre bout : celui de la politique. Car c’est elle bien sûr qui se cache derrière beaucoup de ces troubles. Bien plus : qui les attise, qui en joue, qui en tire parti pour mener leurs affaires.
En Suisse, on le voit bien. Un parti base sa conquête des suffrages en brassant inlassablement les mêmes inquiétudes. En France, une certaine Marine Le Pen grimpe gaillardement dans les sondages en pourfendant les prières publiques des musulmans. Dans la foulée d’autres prétendus défenseurs de la civilisation dans plusieurs autres pays européens. Avec à chaque fois un enjeu électoral plus prosaïque.
Mais n’allons pas croire, en dépit de cette épidémie, que tous les peuples sont atteints des mêmes frousses. Chacun a la sienne qui domine le débat.
Ainsi les Français, à droite comme à gauche, sont à peu près tous persuadés que l’Europe est tout entière frappée par la désindustrialisation. La mutation est historique, il est vrai. Avec le transfert de la fabrication d’innombrables produits vers l’Asie. Mais certains y font face meux que d’autres. A commencer par cette puissance moyenne qu’est l’Allemagne : avec ses 82 millions d’habitants, exporte autant de biens industriels que la Chine avec ses 1,3 milliards. La part de ce secteur dans le PIB y a même légèrement augmenté ces dix dernières années. Le chômage y est en recul. Ces voisins ont aussi leurs craintes, notamment celle de devoir, à travers leurs impôts, porter à bout de bras les pays moins performants. Mais la confiance dans leur capacité d’inventer, de produire et de vendre partout reste intacte. De part et d’autre du Rhin, les fantasmes catastrophistes, fondés ou non, divergent du tout au tout.
Ainsi une idée fait son chemin en France : celle du protectionnisme européen. Il s’agirait de dresser des barrières douanières pour limiter les importations en provenance de pays aux bas salaires. Pour éviter, comme dit Marine Le Pen, que « des esclaves chinois vendent leur bazar aux chômeurs français… » Les socialistes, pas loin de cette posture, rêvent d’une stratégie européenne dont ils sont à peu près seuls à voir la nécessité. Ils seraient bien mal reçus par leurs amis allemands. Ou autrichiens. Ou hollandais. Ou suisses. Là, les syndicats n’ont pas baissé les bras dans la bataille industrielle mondiale. Même dans des pays moins connus pour leurs succès sur ce terrain, pas grand monde ne songe à élever des murs économiques autour du vieux continent. Telles la Belgique – mais oui, là elle ne s’en sort pas mal du tout ! – ou l’Italie, restée vivace dans son tissu de petites et moyennes entreprises performantes, dans le nord surtout.
Dans la botte, l’inquiétude qui gagne naît du spectacle de l’Etat, paralysé, incapable de se réformer, investi par les ambitions et les corruptions, pourri par les années du berlusconisme, cette vaste opération de décervelement de toute une société. Un phénomène qui en réalité étend ses ravages bien au-delà de l’Italie.
Quant à l’Europe de l’est, elle paraît d’un flegme désarmant devant les désillusions économiques, la pauvreté persistante, les sacrifices imposés. Ses peuples restent fixés sur d’autres angoisses, exprimées ou non. La peur de la Russie et de l’Allemagne en Pologne. La nostalgie de la Grande Hongrie. L’hypothétique – et invraisemblable – et retour des Allemands en République tchèque. La détestation des Roms en Roumanie et en Slovaquie. La menace durable des mafias qui ont mis la main sur la Bulgarie.
Chacun cultivant ses propres peurs, sans égard à celles des voisins, la réponse la plus simple est celle du nationalisme. Sa montée en Europe n’a rien d’étonnant. Il est si rassurant de se dire que le danger, c’est l’autre. La recette est vieille, on a pu la croire dépassée, or elle revient en force.
Les plats qu’elle concocte sont pourtant assez repoussants. Sous nos yeux, le choc des peurs démontre son efficacité belliqueuse au Moyen-Orient. Celle d’Israël de se voir rayé de la carte. Celle des Palestiniens de se voir longtemps encore humiliés. Celle des potentats arabes de se voir chassés de leurs privilèges. Celle de l’Iran de se trouver entourés d’ennemis. Celle des Afghans de retomber dans les pires moeurs d’autrefois, face à celle des islamistes de laisser leur pays occupé par l’étranger. La liste est longue…
Des pans du monde paraissent néanmoins extérieurs à ce carrousel. La Chine et les Chinois ne sont pas précisément froussards. L’Amérique latine relève la tête, apaise ses rivalités nationales et affronte ses maux avec une dignité et un sang-froid remarquables. Même si le Mexique tremble de se voir gangréné par le crime. L’Afrique ? Elle souffre de ses plaies, de ses tyrans, de ses exploiteurs mais les Africains, dans le tumulte éconmique et politique, paraissent mieux armés dans leur for intérieur pour résister à la déprime. La peur, peut-être la connaissent-ils davantage, dans leur intimité, face aux invisibles maléfices.
Un spectre commun, pourtant, continue à dominer le monde : la toute-puissance qui ne cesse de s’affirmer de l’oligarchie financière mondiale. N’est-ce pas elle qui a encouragé la folie de la vie à crédit ? Son aveuglement a provoqué une crise globale dont on ne voit pas la fin en dépit des discours rassurants. Secousse tellurique qui ne frappe pas partout avec la même violence mais en fait, sur la durée, ne laisse personne à l’abri.
Face à ce dérapage gigantesque, le nationalisme n’est d’aucun secours. C’est au contraire l’action collective qui devrait s’imposer. Or elle se dérobe derrière les photos de groupes. G20 (G vain, comme dit Attali ?) et autres sommets bavards.
Mais il est tellement plus facile et payant de partir en guerre contre les culs musulmans tournés vers la Mecque dans telle rue du 18ème arrondissement de Paris. L’empoignade des religions prolonge l’obscurantisme des nationalismes, avec tous ces drapeaux brandis, aussi suspects que les amulettes des sorciers face aux tracas du monde.
Un vœu ? Que 2011 marque le début de la déroute pour les flingueurs de la « guerre des civilisations » et les cocoricophones de tout poil. Qu’elle signe l’espoir de tous ceux – et nous sommes nombreux ! – qui refusent ces duperies, qui rassemblent leurs forces pour de plus justes et plus nécessaires combats.

splendid analysis i must say. keep up the good work buddy.
Rédigé par : Best Eye Creams Ed | 06 juillet 2011 à 12h03
Un amour des livres, il Buzhi Yu absence d'un ami fidèle, un bon enseignant, un compagnon charmant, un aimant.
Rédigé par : Cheap TR Jeans For Sale | 07 janvier 2011 à 04h39