Faut-il avoir peur ? Chacun a son tempérament, plutôt alarmiste, plutôt optimiste. Et entre ces penchants, nous balançons tous avec effroi devant la catastrophe nucléaire japonaise.
Catastrophe ? Le mot effraie… et pourtant. Des substances hautement radio-actives (y compris du plutonium) empoisonnent déjà un vaste périmètre, contaminent la nourriture, l’eau et la mer, polluent les nuages qui courent autour de la planète.
Mais est-ce vraiment dangereux pour la santé ? Le naïf qui consulte sagement le site de l’OMS en sort stupéfait. Les pages, actualisées avec retard, sont toutes on ne peut plus rassurantes. Du genre : surtout ne prenez pas les pilules iodées… que distribuent pourtant les ambassades. N’hésitez pas à voyager au Japon, en évitant les zones proches des réacteurs fous… parce que les transports publics sont perturbés et que les pannes d’électricité sont fréquentes.
Pendant plusieurs jours, ses communiqués sont restés dans le même ton. Avec des perles du genre : « Le risque de santé publique sont minimes pour le Japon » ou « cela veut dire que si quelqu’un est touché, les risques ne sont pas très grands ». Lundi 21 mars seulement, l’OMS a commencé à froncer un peu le sourcil.
Cette organisation onusienne a semé la panique à propos des grippes aviaire et porcine : il est avéré aujourd’hui que les mesures prônées étaient disproportionnées mais évidemment juteuses pour les vendeurs de vaccins. Aujourd’hui, elle tombe dans l’excès inverse, taisant les effets redoutables que la radio-activité peut avoir sur l’organisme. Il est vrai que là, il n’y a pas de médicaments-miracles dont on pourrait vendre l’usage universel.
Hypothèse: la dame qui mène le bal à l’OMS est chinoise. Or la Chine minimise l’affaire. Les mots « fuites nucléaires » figurent parmi ceux qui bloquent l’accès aux sites internet. Le gouvernement de Pékin veut rassurer. Madame Margaret Chan s’aligne.
Il existe heureusement bien de sources plus sérieuses (1). Pourtant accusés par l’Agence internationale de l’énergie atomique de retenir certaines informations, notamment sur les contrôles déficients de la centrale en feu, les dirigeants japonais eux-mêmes ne cachent plus leur extrême inquiétude.
Mais quelle galère pour s’y retrouver dans toutes ces données ! Et puis, le doute s’installe. Y a-t-il vraiment une vérité scientifique ? On entre là dans une réflexion troublante. Les critères sont si changeants selon le moment où ils sont définis. Il y a une cinquantaine d’années, les vendeurs de souliers invitaient les clients à mettre les pieds dans un machine à rayons-X pour mesurer la bonne taille. Les experts assuraient alors qu’il n’y avait là aucun risque. C’est aujourd’hui interdit. Les taux admissibles d’irradiation dans les centrales n’ont cessé d’être abaissé au fil du temps. Il faut introduire de nouvelles technologies dans les centrales, dit-on. Très bien, mais comment croire qu’elles seront infaillibles alors que l’on nous affirmait que celles d’hier l’étaient aussi ? Si les savants se trompaient, pourquoi pas aujourd’hui ?
L’esprit humain bute sur une difficulté nouvelle : appréhender le danger dans la longue durée, tenant compte des années, des décennies, des siècles à venir. Vingt-cinq ans après Tchernobyl, de vastes territoires restent à jamais dangereux, les populations ukrainiennes et biélorusses continuent de payer le prix de la tragédie. Les cancers y sont plus fréquents qu’ailleurs. Les naissances d’enfants difformes, les défauts de défenses immunitaires plus fréquentes. Et les troubles génétiques se transmettent de génération en génération. Insondables souffrances dont l’origine, de surcroît, est le plus souvent niée, puisqu’aucun lien irréfutable ne peut être établi entre l’accident et la maladie.
Tremblements de terre et tsunamis provoquent des drames terrifiants. Mais depuis le fond des âges, l’homme les affrontent avec la même certitude: une fois les morts enterrés et pleurés, une fois les dégâts réparés, la vie reprend comme avant. La catastrophe nucléaire, elle, est indépassable. Elle blesse la vie au-delà de l’imaginable.
Le pari sur le progrès est la grandeur de l’homme. Mais en l’occurrence, celui-ci est fou. La sagesse est d’en finir.
(1) www.2000watts.org, relayé par « Le Temps » ; www.criirad.org

Je pensais exactement à ça hier, avant d'avoir lu cet article: mais que fait l'OMS? On ne sait pas très bien si c'est grâce aux sommes investies pour créer des vaccins et au battage médiatique que la propagation de la grippe aviaire a pu être stoppée, mais en tout cas on voit bien qu'ils ne font rien concernant les dangers du nucléaire.
Rédigé par : Carmen | 27 mars 2011 à 22h11